«La pierre était tombée à douze brasses de distance. D'un bond elle avait dépassé le jet, la femme au beau corps! Sîfrit le rapide alla vers l'endroit où se trouvait la pierre. Gunther la souleva, mais ce fut Sîfrit qui la lança.
«Il était brave, fort et grand. Il lança la pierre plus loin et bondit aussi plus loin. Par ses artifices il avait assez de forces pour enlever avec lui, en sautant, le roi Gunther.
«Le saut était accompli, la pierre était là couchée à terre, et l'on n'avait vu personne d'autre que le guerrier Gunther. Brunhilt la belle devint rouge de colère; Sîfrit avait sauvé Gunther de la mort.
«Quand elle vit le héros à l'autre extrémité du cercle hors de danger, elle dit à demi-voix à ceux de sa suite: «Approchez vite, vous mes parents et mes hommes, vous allez devoir vous soumettre tous au roi Gunther.»
VIII
Brunhilt, accompagnée de mille héros que Sîfrit était allé secrètement chercher au pays des Nibelungen, part avec eux pour le royaume de Gunther. Mais elle refuse jusqu'à son arrivée de lui accorder aucune familiarité d'époux. En approchant il ordonne à Sîfrit de le devancer à Worms pour préparer la réception de Brunhilt.
«Le seigneur Sîfrit prit en hâte congé de la dame Brunhilt et de toute sa suite, ainsi qu'il convenait. Et le voilà qui chevauche le long du Rhin. On n'aurait pu trouver en ce monde un meilleur messager.
«Il chevaucha vers Worms avec vingt-quatre guerriers. Il venait sans le roi; quand cela fut su, tous ses fidèles furent remplis de douleur. Ils craignaient que leur seigneur n'eût trouvé la mort au loin.
«Ils descendirent de leurs chevaux, leur cœur était joyeux et fier; aussitôt Gîselhêr, le bon jeune chef, s'approcha avec Gêrnôt, son frère. Comme il s'écria vivement dès qu'il ne vit point le roi Gunther avec Sîfrit:
«Soyez le bienvenu, seigneur Sîfrit; faites-moi connaître où vous avez laissé mon frère le roi. La force de Brunhilt nous l'a enlevé, j'imagine. Ainsi l'amour auquel il osait prétendre nous aura causé grand dommage.»