Ils avaient passé le fleuve près de Mœringen; c'était là que le nautonier d'Else avait été tué. Mais Hagene parla: «Puisque je me suis fait des ennemis sur la route, certes ici on nous arrêtera.
«Ce matin de bonne heure, je tuai le batelier, sachez ce fait. Donc mettons hardiment la main à l'œuvre, et si Gelpfrât avec Else ose attaquer notre suite, qu'il leur en arrive malheur!
«Je sais qu'ils sont assez braves pour ne pas attendre longtemps. C'est pourquoi faites aller les chevaux plus doucement, afin que personne ne s'imagine que nous fuyons par le chemin.»—«Je suivrai ce conseil, répondit Gîselher la bonne épée.
«Qui conduira nos troupes à travers le pays?»—«Ce sera Volkêr, répondit-on, car ce brave ménestrel connaît les chemins et les sentiers.» Avant qu'on n'eût achevé ces paroles, on vit debout et bien armé le rapide joueur de viole. Il attacha son heaume; son costume de bataille était d'une magnifique couleur. Il fixa au haut de sa lance une banderole rouge. Depuis lors il se trouva avec les Rois dans un terrible danger.
La nouvelle de la mort du nautonier était arrivée à Gelpfrât, roi de Hauteluve.
XXII
Gelpfrât en effet accourt; il combat Hagene qui finit par l'immoler.
Arrivés sur les terres de Ruedigêr, ils y sont reçus en frères par cet ancien ami; il donne la main de la princesse sa fille à Gîselher, fils de Gunther. Le détail de la toilette des femmes et des fêtes qui signalent ces noces est de l'épique le plus gracieux. Volkêr, le brave ménestrel, ami de Hagene, chante son lai aux femmes. Ruedigêr les accompagne avec cinq cents chevaliers.
Le seigneur, en partant, embrassa tendrement son amie; ainsi fit aussi Gîselher, comme le lui conseillait sa vertu. Ils baisaient leurs belles femmes, les tenant dans leurs bras. Depuis lors les yeux de maintes jeunes dames versèrent des larmes.
Partout les fenêtres s'ouvrirent. Ruedigêr avec ses hommes allait monter à cheval. Leur cœur leur prédisait d'affreux malheurs. Maintes femmes pleuraient et aussi maintes vierges.