Mille et quatre étaient entrés dans le palais. Les épées rapides en tournoyant lançaient des éclairs. Tous ceux qui étaient entrés furent tués. On put raconter des merveilles des Burgondes.
Le fracas s'apaisa: le silence se fit. De toutes parts le sang des guerriers morts coulait par les ouvertures et par les trous destinés à dégager les eaux. Voilà ce qu'avaient faits les bras puissants des hommes du Rhin.
Ceux du pays burgonde s'assirent pour se reposer. Ils déposèrent leurs armes et leurs boucliers; mais le hardi ménestrel se tenait toujours debout devant le palais. Il attendait que quelqu'un osât encore venir l'attaquer.
Le Roi se lamentait désespéré et ainsi faisait la Reine. Vierges et femmes avaient l'âme déchirée. Je crois vraiment que la mort était liguée contre eux. Bientôt les étrangers tuèrent encore plus d'un guerrier.
«Maintenant déliez vos casques, dit Hagene le guerrier, moi et mon compagnon nous veillerons sur vous. Et si les hommes d'Etzel veulent encore tenter l'assaut, j'avertirai mes chefs le plus tôt que je pourrai.»
Maints bons chevaliers désarmèrent leur front. Ils s'assirent dans le sang, sur les corps meurtris de ceux que leurs mains avaient tués. Les nobles étrangers étaient surveillés par leurs ennemis.
Avant le soir, le Roi et la Reine firent en sorte que les guerriers Hiunen pussent tenter l'assaut avec plus de succès. On voyait réunis à leurs côtés plus de vingt mille hommes, qui devaient se rendre au combat.
Une épouvantable tempête se déchaîna contre les étrangers. Dancwart, le frère de Hagene, cet homme très-rapide, quitta ses maîtres et bondit devant la porte, en face des ennemis. On crut qu'il était tué; mais il reparut sain et sauf.
La terrible lutte dura jusqu'à ce que la nuit y mît fin. Les étrangers se défendirent, ainsi qu'il convient à de bons héros, pendant tout un long jour d'été contre les hommes d'Etzel. Ah! que de braves combattants tombèrent morts devant eux!
Ce fut au solstice d'été que ce grand massacre eut lieu, et que dame Kriemhilt vengea ses afflictions de cœur sur ses plus proches parents et sur maints guerriers. Depuis lors le roi Etzel ne connut plus la joie.