Tandis qu'ils chevauchaient de l'Osterfranken vers le Swanevelt, on pouvait les admirer pour leur superbe allure, ces héros dignes de louange. Au douzième matin, le Roi arriva à la Tuonouwe.

Hagene de Troneje marchait en avant de toute la troupe, et souvent il vint en aide aux Nibelungen. Le guerrier hardi mit pied à terre sur le sable, et en hâte il attacha son cheval à un arbre.

L'eau était débordée et toutes les barques cachées. Les Nibelungen eurent grand souci, ne sachant comment traverser le fleuve, qui était excessivement large. Plusieurs superbes chevaliers mirent pied à terre.

«Prince du Rhin, dit Hagene, de graves accidents peuvent nous survenir. Tu peux t'en convaincre toi-même: l'eau est débordée et le courant est très-fort. Oui, je crains que nous perdions ici maints bons guerriers.

«—Que voulez-vous me dire, répondit le fier Gunther. De par votre valeur! ne vous découragez point davantage. Cherchez plutôt le moyen de nous faire arriver à l'autre bord, de façon que nous amenions avec nous nos chevaux et nos bagages.

«—Je ne suis pas si fatigué de la vie, dit Hagene, que je veuille me noyer dans ce fleuve si large. Avant cela, plus d'un homme succombera par ma main au pays d'Etzel: j'en ai du moins la bonne volonté.

«Vous, bons et vaillants chevaliers, demeurez au bord de l'eau, j'irai moi-même chercher le long du fleuve les bateliers qui nous passeront dans le pays de Gelpfrât.» Et le fort Hagene saisit son excellent bouclier.

Il était bien armé: outre le bouclier, il portait solidement fixé son heaume très-brillant, et sur sa cotte de mailles, une très-large épée, qui, des deux tranchants, coupait d'une effroyable façon.

Il cherchait et recherchait les nautoniers. Tout à coup il entendit bruire les eaux; il se mit à écouter: c'étaient des femmes blanches qui faisaient ce bruit dans une source limpide. Elles voulaient se rafraîchir et baignaient ainsi leurs corps.

Hagene les aperçut; il se glissa invisible jusque près d'elles. Comme elles fuirent rapidement quand elles le virent! Elles étaient fières de lui avoir échappé. Le héros prit leurs vêtements et ne leur fit nul autre mal.