XXVIII

Le loyal Ruedigêr, qui avait si bien reçu les Burgondes à leur passage et donné sa fille en mariage au fils du roi de Worms, se croit engagé d'honneurs envers Etzel son souverain et combat ses anciens amis; il le leur déclare avec franchise, et meurt sur le corps du second fils du roi de Worms tombé sous ses coups: il fut pleuré par les deux partis. Le fidèle ménestrel Volkêr est tué par Hildebrant. De ces milliers de Nibelungen il ne restait plus debout que le vieux roi Gunther et le perfide mais courageux Hagene.

XXIX

Voici la fin du poëme historique des Nibelungen. Le feu est mis à la salle. Tous les héros y périssent. Les cendres de l'incendie recouvrent tout. Hagene et Kriemhilt vivent encore ainsi que Gunther, le roi de Worms, frère de Kriemhilt.

Le seigneur Dietrîch, chef de Vérone, prit lui-même son armure, et le vieux Hildebrant l'aida à s'en revêtir. Comme il gémissait, cet homme fort! Tout le palais retentissait de sa voix.

Mais bientôt il reprit son courage de héros. Animé par la colère, le bon guerrier s'arma; puis bientôt ils partirent, lui et maître Hildebrant.

Alors Hagene de Troneje dit: «Je vois venir le seigneur Dietrîch; il veut nous combattre à cause des grands malheurs qui lui sont arrivés. On pourra décider aujourd'hui lequel est le plus vaillant.

«Oui, quand même le chef de Vérone serait encore plus fort et plus terrible, s'il veut se venger sur nous de ses pertes, j'oserai rudement lui tenir tête.» Ainsi parla Hagene.

Dietrîch et Hildebrant entendirent ces paroles. Le chef alla trouver les deux guerriers, qui se tenaient hors de la salle, appuyés contre le mur du bâtiment. Le seigneur Dietrîch déposa à terre son bon bouclier.

Plein de douleur et de soucis, Dietrîch prit la parole: «Pourquoi avez-vous agi ainsi, Gunther, roi puissant, contre moi exilé? Que vous avais-je fait? Privé de toute consolation, maintenant je reste seul.