«Je vous donne ma foi, et ma main répond de ma sincérité, que je chevaucherai avec vous jusqu'en votre pays. Je vous reconduirai avec honneur ou je souffrirai la mort, et pour vous j'oublierai ma profonde douleur.
«—Renoncez à votre demande reprit Hagene, il ne nous convient pas qu'on dise jamais de nous que deux si vaillants hommes se soient rendus, car auprès de vous, on ne voit personne que le seul Hildebrant.»
Maître Hildebrant prit la parole: «Dieu sait, seigneur Hagene, que cette paix que mon chef offre de conclure avec vous, le moment viendra ou vous la désirerez en vain. Vous devriez accepter avec empressement la composition dont il se contente.
«Oui, j'accepterais cette composition, dit Hagene, plutôt que de fuir honteusement le champ du combat, ainsi que vous l'avez fait, maître Hildebrant. Sur ma foi, je pensais que vous saviez mieux tenir tête à l'ennemi.»
Hildebrant répondit: «Pourquoi m'adresser ce reproche? Qui donc était assis sur son bouclier au Wasgenstein, tandis que Valther d'Espagne lui tuait un grand nombre de ses parents? Il y a assez à dire sur votre propre compte à vous.»
Le seigneur Dietrîch parla: «Il ne convient pas à des héros de s'adresser ainsi des injures, comme font les vieilles femmes. Je vous défends, maître Hildebrant, d'en dire davantage. Une assez grande douleur m'afflige, moi guerrier exilé.
«Maintenant, ajouta Dietrîch, répétez-moi, vaillant Hagene, ce que vous vous disiez entre vous, ô guerriers rapides, au moment où vous m'avez vu me diriger armé vers vous. Vous affirmiez que vous vouliez, seul, me tenir tête dans un combat.
«—Nul ne vous le niera, répondit le vaillant Hagene; oui, je veux tenter la lutte avec des coups terribles, à moins que ne se brise en mes mains la bonne épée des Nibelungen. Je suis indigné de ce que l'on ait osé nous réclamer comme prisonniers.»
Quand Dietrîch connut l'humeur farouche de Hagene, il brandit aussitôt son bouclier, ce bon et rapide guerrier. Avec quelle promptitude Hagene s'élança des degrés au devant de lui. La bonne épée de Nibelung retentit avec fracas sur Dietrîch.
Le seigneur Dietrîch savait bien que cet homme audacieux était d'humeur féroce; aussi le prince de Vérone se défendit-il avec adresse des coups terribles qui lui étaient destinés. Il connaissait bien Hagene, ce héros superbe.