«Je pousserai les choses à bout,» dit la noble femme, et elle ordonna de tuer son frère. On lui coupa la tête; elle la porta par les cheveux devant le héros de Troneje. Ce fut pour lui une peine affreuse.

Quand le guerrier vit la tête de son maître, il dit à Kriemhilt: «Enfin tu es arrivée au but de tes désirs, et tout s'est passé ainsi que je l'avais prévu.

«Maintenant le noble roi est mort et aussi Gîselher le jeune et Gêrnôt. Nul ne sait, hors Dieu et moi, où se trouve le trésor. Femme de l'Enfer, il te sera caché à jamais!»

Elle dit: «Tu as mal réparé le mal que tu m'as fait. Mais je veux conserver l'épée de Sîfrit. Il la portait, mon doux bien-aimé, la dernière fois que je le vis, et de sa perte mon cœur a souffert plus que de tous mes autres maux.»

Elle tira l'épée du fourreau sans qu'il put l'empêcher,—elle voulait enlever la vie au guerrier,—et la soulevant des deux mains, lui abattit la tête. Le roi Etzel le vit et en fut profondément affligé.

«Malheur! s'écria le roi, comment a été tué, par les mains d'une femme, le plus vaillant héros qui jamais s'élança dans la bataille ou qui porta un bouclier! Quelqu'inimitié que j'eusse contre lui, j'en suis vraiment affligé.»

Alors le vieux Hildebrant parla: «Elle ne jouira pas de la joie d'avoir osé le tuer. Quoi qu'il ait pu me faire, et bien qu'il m'ait mis en pressant danger, je veux pourtant venger la mort du vaillant chef de Troneje.»

Le vieux Hildebrant bondit vers Kriemhilt, et lui donna un terrible coup d'épée. La fureur d'Hildebrant porta malheur à la reine; à quoi pouvaient lui servir ses cris lamentables?

De toutes parts des cadavres couvraient la terre, et la noble femme gisait là presque coupée en deux. Dietrîch et Etzel se prirent à verser des larmes. Ils pleuraient amèrement leurs parents et leurs hommes.

Tant de gloire et d'honneur avait péri. Tous les peuples étaient dans l'affliction et le désespoir. La fête du roi se termina d'une façon sanglante, car souvent l'amour finit par produire le malheur.