Cependant, on s'assemble autour de Colgul; mais Colgul avait l'air sombre, et le feu ne jaillissait plus de ses yeux. Ses guerriers l'entouraient, tristement immobiles; mais plusieurs d'entre eux étaient étendus sur la bruyère, comme les feuilles sèches sur la plaine obscure, quand les vents de l'automne ébranlent les chênes. Nous leur aidons à élever leurs tombes, et d'abord nous creusons celle de Colgul. Un jeune homme se baisse pour placer la lance derrière lui. Sa cotte d'armes, en se soulevant, se détache de deux globes de neige. Calmora tombe sur le cadavre de son amant. Sulindona vient et la trouve expirée. Elle reconnut la fille de Cornglas. Ses larmes coulèrent sur elle dans le tombeau. Elle donna des louanges à la belle de Sorna.

«Fille de la beauté, tu n'es plus. Une rive étrangère reçoit ta dépouille; mais tu te réjouiras sur ton nuage, car tu sommeilles dans la tombe avec Colgul. Les ombres de Morven ouvriront leurs salles à la jeune étrangère, lorsqu'elles te verront approcher. Au milieu des nuages, autour de la table où circulent des coquilles vaporeuses, les héros t'admireront, et les vierges toucheront en ton honneur la harpe de brouillard. Tu te réjouiras, ô Calmora; mais ton père sera triste dans Sorna. Les pas de sa vieillesse erreront sur le rivage. Le mugissement des vagues lui parviendra des rochers lointains. «Calmora, dira-t-il, est-ce ta voix que j'entends?» Le fils du rocher lui répondra seul: «Retire-toi dans ta demeure, ô Cornglas! abandonne la rive orageuse: car ta fille ne t'entend pas; elle chevauche loin de toi sur les nuages avec Colgul. Peut-être, sur les rayons de la lune, elle visitera tes songes, quand le silence habitera Sorna. Fille de la beauté, tu n'es plus; mais tu sommeilles dans la tombe avec Colgul.»

Ainsi l'épouse de Trathal chanta l'infortunée Calmora.

Le bouclier de Fingal a retenti; les rochers des collines lui répondent. Les cerfs l'entendent, et se lèvent de leur couche moussue. Les oiseaux l'entendent, et agitent leurs ailes dans l'arbre du désert. Le loup, voyageur nocturne, l'a entendu comme il visitait le champ du carnage, dans l'espérance de trouver une proie. Il retourne en grondant se cacher dans sa caverne, l'œil ardent de sa rage famélique. Enfants des bois, évitez sa rencontre!

Nous dirigeâmes nos pas vers Fingal. Suloicha regarda si les étoiles pâlissantes s'étaient retirées du côté de l'orient. Son pied donna contre un des chefs de Dargo. Il était appuyé au flanc d'un rocher grisâtre. Une moitié de bouclier est l'oreiller sur lequel repose sa tête; elle est couverte de sa chevelure ensanglantée. «Pourquoi, dit-il à Suloicha, pourquoi tes pas errants troublent-ils le repos du guerrier, lorsqu'il n'est plus en état de lever la lance? Pourquoi as-tu chassé, comme un vent du désert, le songe qui m'occupait? Je voyais l'aimable Roscana: mon âme se serait envolée avec le rayon de mon amour. Pourquoi l'as-tu rappelée?»

«Ce rayon de ton amour, dit Suloicha, cette Roscana, qu'était-elle? Ses yeux ressemblaient-ils aux étoiles qui brillent à travers une pluie fine? Sa voix était-elle harmonieuse, comme la harpe d'Ullin? Ses pas avaient-ils la douceur du zéphyr, lorsqu'il courbe mollement la verdure à peine effleurée? Sa contenance avait-elle la majesté de la lune, lorsque, dans le calme des nuits, elle glisse d'un nuage à l'autre? La trouvas-tu, comme le cygne, portée sur le sein de l'onde, aimable dans sa douleur, quoique solitaire? Oui, tu l'as trouvée comme je la dépeins, et cette Roscana fut mienne. Étranger, qu'as-tu fait de ma bien-aimée?»

—«Je trouvai cette belle sur le sein de l'onde. Elle avait vogué dans son esquif à la caverne de l'île. «Là, disait-elle, un chef de Morven devait la venir rejoindre;» mais il ne vint pas. Je sollicitai son amour, et l'invitai à me suivre dans la plaine d'I-una. Elle me dit d'attendre que trois lunes fussent écoulées. «Suloicha, dit-elle, viendra peut-être.» Elle fut consumée par la douleur avant la fin de la troisième lune. Elle mourut avant que sa lumière fût tout à fait épuisée. Elle tomba, comme le sapin verdoyant d'I-una, desséché dans sa jeunesse, dont le vent a dépouillé les branches, dont les enfants harmonieux de l'air ont déserté les rameaux. J'élevai sa tombe sur le rivage de l'île. Deux pierres grisâtres y sont à demi enfoncées dans la terre. Non loin d'elles, un if déploie son noir feuillage; une source murmurante jaillit au-dessus d'un rocher couvert de lierre, et baigne le pied de l'arbre de deuil. Là, sommeille l'aimable Roscana; là, le matelot, quand il arrête son navire dans une nuit orageuse, voit son ombre charmante, vêtue du plus blanc des brouillards de la montagne. «Tu es aimable, dit-il, ô Roscana! Le nuage dont ta robe est formée est plus beau que mes voiles.» Telle je viens de la voir en songe. Pourquoi n'a-t-il pas été permis à mon âme de s'enfuir avec cette aimable lumière? Reviens dans mes songes, ô Roscana; tu es un rayon de lumière, lorsque tout est sombre alentour.»

—«Chef d'I-una, tu as élevé la tombe de ma bien-aimée. Si nulle herbe des montagnes ne peut guérir tes blessures, ta pierre grisâtre et ta renommée s'élèveront sur Morven. Roscana, tu as donc gémi à cause de moi. Jeune arbre de Moi-ura, tes branches vertes sont-elles flétries? Les guerres de Fingal m'appelèrent. J'envoyai un de mes amis: mais on n'a revu ni lui ni son esquif. Au matin, mon premier regard embrassait les mers; le soir, mon dernier coup d'œil était sur les vagues. La nuit, ma tête s'appuyait sur le rocher; mais je ne voyais Roscana que dans mes songes.

La mort de Crimoïna, épouse de Dargo, une amie d'Ossian, lui fournit un nouvel épisode:

«Un jour que nous poursuivions le cerf sur la bruyère de Morven, les vaisseaux de Lochlin parurent dans l'étendue de nos mers, avec toutes leurs voiles blanches et leurs mâts qui se balançaient dans l'air. Nous crûmes qu'on venait redemander Crimoïna. «Je ne combattrai point, dit Connan à l'âme faible, que je ne sache si cette étrangère aime notre race. Chassons le sanglier, et teignons de son sang la robe de Dargo. Puis, portons-le dans sa demeure, et voyons comment elle s'affligera de sa perte.»