Près d'eux, la fille de Vinval, Crimora, brillait sous l'armure d'un jeune guerrier; ses blonds cheveux flottaient négligemment; un arc pesant chargeait sa main délicate; elle avait suivi son amant, son cher Connal, au combat. Elle bande son arc et tire sur Dargo; mais, ô douleur! le trait s'égare, et va percer Connal. Il tombe... Que feras-tu, fille infortunée? Elle voit couler le sang de son amant, son cher Connal expire! Le jour, la nuit, elle criait en pleurant: «Ô mon ami! mon amant! mon cher Connal!» Mais enfin la douleur termina ses jours.

C'est ici que la terre renferme ce couple aimable; l'herbe croît entre les pierres de leur tombe. Je viens souvent m'asseoir sous l'ombrage, dans ce triste lieu; j'entends soupirer le vent dans le gazon, et leur souvenir se réveille dans mon âme. Vous dormez ensemble dans la tombe, amants infortunés, et rien ne trouble votre repos sur ce mont solitaire.

«Reposez en paix, dit la belle Utha, couple malheureux! Je me souviendrai de vous en pleurant; je chanterai dans la solitude l'histoire de vos malheurs, quand le vent agitera les forêts de Tora et que j'entendrai rugir les torrents de ma patrie. Alors vous viendrez vous offrir à mon âme, et l'attendrir sur vos touchantes aventures.»

Les rois passèrent trois jours dans les fêtes, à Carrictura; le quatrième, leurs voiles blanchirent la surface de l'Océan. Le vent du nord conduisit le vaisseau de Fingal à Morven; mais l'esprit de Loda était assis sur sa nue, derrière suivait le vaisseau de Frothal; il se penchait en avant pour diriger les vents favorables, et pour enfler toutes les voiles; il n'a pas oublié le coup que Fingal lui a porté, et il redoute encore le bras du roi de Morven.

XVIII

Et ce début des chants de Selma:

CHANTS DE SELMA

Étoile, compagne de la nuit, dont la tête sort brillante des nuages du couchant, et qui imprimes tes pas majestueux sur l'azur du firmament, que regardes-tu dans la plaine? Les vents orageux du jour se taisent; le bruit du torrent semble s'être éloigné; les vagues apaisées rampent au pied du rocher; les moucherons du soir, rapidement portés sur leurs ailes légères, remplissent de leurs bourdonnements le silence des airs. Étoile brillante, que regardes-tu dans la plaine? Mais je te vois t'abaisser en souriant sur les bords de l'horizon. Les vagues se rassemblent avec joie autour de toi et baignent ta radieuse chevelure. Adieu, étoile silencieuse! que le feu de mon génie brille à ta place. Je sens qu'il renaît dans toute sa force; je revois, à sa clarté, les ombres de mes amis rassemblés sur la colline de Lora; j'y vois Fingal au milieu de ses héros. Je revois les bardes mes rivaux, le vénérable Ullin, le majestueux Ryno, Alpin à la voix mélodieuse, la tendre et plaintive Minona. Ô mes amis! que vous êtes changés depuis ces jours où, dans les fêtes de Selma, nous disputions le prix du chant, semblables aux zéphyrs du printemps qui volent sur la colline et viennent tour à tour, avec un doux murmure, agiter mollement l'herbe naissante!

Ce fut dans une de ces fêtes qu'on vit la tendre Minona s'avancer, pleine de charmes. Ses yeux baissés s'humectèrent de pleurs: les âmes des héros furent attendries quand elle éleva sa voix mélodieuse. Souvent ils avaient vu la tombe de Salgar et la sombre demeure de l'infortunée Colma; Colma, à qui Salgar avait promis de revenir à la fin du jour; mais la nuit descend autour d'elle: elle se voit abandonnée sur la colline, et seule avec sa voix. Écoutons sa tendre complainte:

COLMA.