En dehors de ces États mal assis, Rome, enrichie par ses alliances pontificales et fortifiée par ses alliances temporelles, tenait d'une main habile la balance de la politique italienne; elle croissait en force et en ascendant sur le monde. Rome luttait avec l'Allemagne, tantôt lui résistant comme parti guelfe au nom de l'indépendance sacrée de l'Italie, tantôt s'unissant à elle comme parti gibelin, au nom de l'ordre dans la Péninsule. C'est ce qui fait encore aujourd'hui que les plus grands esprits de l'Italie, tels que le Dante, bannis de leur patrie comme partisans de l'empire, sont vénérés comme patriotes, quoique ayant trahi leur pays en faveur des Gibelins, partisans de l'empereur.

Confusion et non-sens partout.

III

Au milieu de ce dédale d'hommes et de choses où chacun se trompe, en appliquant aux idées du présent les dénominations d'hier, une seule nation véritablement indépendante conservait une forte individualité: c'était la Toscane.

Les Toscans, la moelle de l'Italie proprement dite, avaient précédé les Romains de Romulus dans la civilisation de l'Italie, sous le nom mystérieux d'Étrusques. Leur existence, mystérieuse aussi, est restée un mystère, malgré les savantes recherches des historiens les plus érudits. Leur architecture dite cyclopéenne, où la main de l'homme conserve dans ses ouvrages l'empreinte monumentale et divine de la force des temps et de la rusticité de la nature, l'élégance dorienne de leurs ruines de temples, le dessin inexpliqué de leurs vases, plus grecs que la Grèce elle-même, et aussi naïfs que l'âge primitif de l'homme, tout cela atteste qu'une science inconnue de l'humanité civilisée a coulé aux bords de l'Arno des rochers de la Toscane.

Tout ce qu'on sait, c'est que les Étrusques, d'abord conquis, ont adouci les Romains et donné à leurs mœurs et à leur langue ce raffinement prématuré qui fait l'élégance des races.

IV

Les Romains les entraînèrent aisément dans leur courant de force et de gloire.

On les revoit, sous Catilina, prendre part aux guerres civiles et aux grandes séditions de la fin de la république; un grand nombre d'entre eux périrent héroïquement avec le chef des insurgés. Cicéron, consul alors, les foudroyait de son éloquence; César, indécis encore, les ménageait; il voulait profiter de la victoire sans se compromettre dans le combat.

V