«C'est en cherchant à instruire les hommes que l'on peut pratiquer cette vertu générale, qui comprend l'amour de tous. L'homme, cet être flexible, se pliant dans la société aux pensées et aux impressions des autres, est également capable de connaître sa propre nature lorsqu'on la lui montre, et d'en perdre jusqu'au sentiment lorsqu'on la lui dérobe.
«J'ai bien des fois commencé et bien des fois abandonné cet ouvrage; j'ai mille fois envoyé aux vents les feuilles que j'avais écrites; je sentais tous les jours les mains paternelles tomber; je suivais mon objet sans former de dessein; je ne connaissais ni les règles ni les exceptions; je ne trouvais la vérité que pour la perdre. Mais, quand j'ai découvert mes principes, tout ce que je cherchais est venu à moi; et dans le cours de vingt années, j'ai vu mon ouvrage commencer, croître, s'avancer et finir.
«Si cet ouvrage a du succès, je le devrai beaucoup à la majesté de mon sujet; cependant je ne crois pas avoir totalement manqué de génie. Quand j'ai vu ce que tant de grands hommes en France et en Allemagne ont écrit avant moi, j'ai été dans l'admiration, mais je n'ai point perdu le courage: Et moi aussi, je suis peintre! ai-je dit avec le Corrége.»
XI
Maintenant je vais lire avec vous.
Et d'abord je remarque, à l'ouverture même du livre, une vérité vieille comme le monde et hardie à force de vétusté.
La connaissance et la reconnaissance d'un Dieu, source et principe de toutes les lois et portant en soi-même la raison et la sanction de toutes les lois. Il ne faut pas oublier que, pendant que les philosophes modernes: Voltaire, Rousseau, Helvétius, d'Holbach et mille autres, et toute l'innombrable société lettrée ou érudite de l'Europe, niaient la vérité suprême, Dieu, ou s'efforçaient de noyer ce principe des principes dans des controverses plus ou moins ambiguës, Montesquieu commençait son examen des lois par la profession nette de la Divinité. Il admettait la nature des choses comme base de toute législation; et nature des choses, qu'est-ce autre chose que Dieu?
Il faut lui payer un grand et juste hommage pour ce courage, supérieur encore à l'entendement.
Il définit ainsi la loi:
«Les lois, dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses; et dans ce sens, tous les êtres ont leurs lois. La Divinité a ses lois, le monde matériel a ses lois, les intelligences supérieures à l'homme ont leurs lois, les bêtes ont leurs lois, l'homme a ses lois.