II

On sait peu de choses sur lui, pas même des fables; le Père de l'histoire n'a pas même une biographie.

Il était né à Halicarnasse, 484 ans avant Jésus-Christ. Il paraît que sa famille était distinguée et même illustre. Son père s'appelait Tixès, sa mère Dryo. On l'envoya habiter Samos. Il s'y perfectionna dans le dialecte ionien, le plus doux des dialectes grecs. Après cette étude, il entreprit de longs et lointains voyages pour connaître la terre et les hommes. Il n'écrivit que ce qu'il avait vu ou appris de la bouche des plus érudits de ses contemporains.

La Grèce, l'Ionie, l'Assyrie, l'Égypte, la Perse, les bords du Pont-Euxin, la Scythie ou la Russie, quelques parties du littoral de l'Italie et de la Sicile forment la carte de ses voyages. Voyage historique, littéraire, religieux, à travers le monde alors connu des Grecs, ce serait le vrai nom de ce qu'on appelle son Histoire. C'est un Child-Harold-Commines qui parcourt l'univers et qui le raconte. Il ne commande point la crédulité, il la discute. Son livre est plein de critique; c'est un homme d'esprit sans parti pris, qui vous mène promener à travers le monde et qui vous dit: «Regardez et concluez.» Il a aussi beaucoup d'analogie avec Voltaire dans ses Mœurs des nations. Bref, c'est le contraire de ce que l'on suppose de lui. Voilà pourquoi il est bon de l'étudier à fond. La plupart de nos préjugés sont des erreurs.

III

Au retour de ses voyages, Hérodote écrivit son Histoire à Samos. Il la lut en partie aux jeux Olympiques, en 456. Thucydide, alors âgé de quinze ans, assistait à cette lecture, et c'est là que ce jeune homme, déjà lettré, conçut la pensée d'écrire lui-même. Thucydide lui fut présenté. Cette lutte littéraire entre les premiers historiens de la Grèce devant l'Académie d'Athènes est loin de l'espèce de barbarie que l'on attribue à ces temps.

À quarante ans, il lut devant le même public son Histoire achevée. Les hommes éclairés le comblèrent d'éloges et l'autorisèrent à donner à chacun des livres de cette Histoire le nom d'une Muse, comme le seul digne de sa perfection. Le peuple ajouta à ces honneurs des gratifications pécuniaires. Mais l'envie se déchaîna contre lui et le força à quitter l'Attique et Samos. Il franchit la mer et vint habiter à Sybaris, dans la Grande Grèce. On y lit encore son épitaphe: «Cette terre recouvre le corps d'Hérodote, fils de Tixès, maître en l'art d'écrire. En fuyant la critique acharnée de ses compatriotes, il était venu chercher ici une nouvelle patrie.»

Voilà tout ce qu'on sait de la vie, des œuvres, de la mort de ce grand homme.

Parcourons son œuvre.

IV