Les appréhensions de Marie Stuart ne pouvaient manquer de se réaliser: Élisabeth tenait à l'éloigner des Marches écossaises.

Le 28 juillet 1568, l'auguste captive, malgré ses énergiques protestations, fut conduite dans le comté d'York, au château de Bolton, qui appartenait à lord Scrope, beau-frère du duc de Norfolk.

Transportée au château de Bolton, maison des ducs de Norfolk, elle écrit d'un style bien différent à la reine d'Espagne, femme de Philippe II:

«Si j'avais de vous et des rois, vos parents, espérance de secours, lui dit-elle, je mettrais la religion ici subs (c'est-à-dire je ferais triompher le catholicisme) ou je mourrais à la peine. Tout ce pays où je suis est entièrement dédié à la foi catholique, et à cause de cela et de mon droit que j'ai, à moi, sur ce royaume, il faudrait peu de chose pour apprendre à cette reine d'Angleterre de se mêler d'aider les sujets rebelles contre leurs princes! Au reste, vous avez des filles, Madame, et j'ai un fils.....; la reine Élisabeth n'est pas fort aimée d'aucune des deux religions, et Dieu merci, j'ai gagné une bonne partie des cœurs des gens de bien de ce pays-ci depuis ma venue, jusqu'à hasarder tout ce qu'ils ont pour moi et pour ma cause!... Gardez-moi bien secret, car il m'en coûterait la vie!... J'ai la fièvre de cette lettre.»

On voit que, dès les premiers jours de son séjour en Angleterre, en caressant d'une main Élisabeth, elle nouait de l'autre, avec l'étranger et avec ses propres sujets, la trame dans laquelle elle finit par se prendre elle-même. La captivité était son excuse, la religion son prétexte, le malheur son droit; mais, si elle pouvait alléguer son infortune, elle ne pouvait, sans mentir, alléguer son innocence. Elle ne cessait de demander à Madrid et à Paris des interventions armées contre l'Écosse et contre Élisabeth. Sa vie entière, pendant sa captivité, ne fut qu'une longue conjuration. La politique inhumaine et déloyale de la reine d'Angleterre la justifiait de sa propre duplicité.

XXVIII

Le récit circonstancié de cette captivité et de cette conspiration de dix-neuf ans, intéressant dans une vie, est monotone pour l'histoire. Rien ne les diversifie que les sites de ces prisons et les trames toujours renaissantes et toujours coupées de la reine captive.

On ouvrit à Hamptoncourt, palais de Henri VIII, des conférences pour juger le procès de Marie Stuart avec ses sujets. Murray et les Écossais y produisirent les preuves de la complicité de Marie Stuart dans le meurtre de son mari, ses sonnets d'amour à Bothwell, les lettres de ce favori renfermées dans une cassette d'argent ciselé aux armes de son premier mari François II.

«Voudriez-vous donc épouser ma sœur d'Écosse? demanda un jour ironiquement Élisabeth au duc de Norfolk, qu'on croyait épris de sa prisonnière.—Madame, répondit le duc soulevé d'horreur par ces témoignages, je n'épouserai jamais une femme dont le mari ne peut dormir en sécurité sur son oreiller.»

Ni les accusations, ni les justifications ne paraissant satisfaisantes, Élisabeth rompit les conférences sans prononcer de jugement. Témoin de la lutte entre les différentes factions qui déchiraient l'Écosse, tout indique qu'elle s'en rapporta à ces factions pour lui livrer tôt ou tard leur pays; elle parut l'abandonner à son sort.