«Chactas, fils d'Outalissi, fils de Miscou, réjouis-toi; tu seras brûlé au grand village.»
«Tout prisonnier que j'étais, je ne pouvais, durant les premiers jours, m'empêcher d'admirer mes ennemis. Le Muscogulge, et surtout son allié le Siminole, respire la gaieté, l'amour, le contentement. Sa démarche est légère, son abord ouvert et serein, il parle beaucoup et avec volubilité; son langage est harmonieux et facile. L'âge même ne peut ravir aux Sachems cette simplicité joyeuse: comme les vieux oiseaux de nos bois, ils mêlent encore leurs vieilles chansons aux airs nouveaux de leur jeune postérité.
«Les femmes qui accompagnaient la troupe témoignaient pour ma jeunesse une piété tendre et une curiosité aimable. Elles me questionnaient sur ma mère, sur les premiers jours de ma vie; elles voulaient savoir si l'on suspendait mon berceau de mousse aux branches fleuries des érables, si les brises m'y balançaient auprès du nid des petits oiseaux. C'étaient ensuite mille autres questions sur l'état de mon cœur: elles me demandaient si j'avais vu une biche blanche dans mes songes, et si les arbres de la vallée secrète m'avaient conseillé d'aimer.»
Cependant Atala apparaît pour la première fois à Chactas:
«Une nuit que les Muscogulges avaient placé leur camp sur le bord d'une forêt, j'étais assis auprès du feu de la guerre avec le chasseur commis à ma garde. Tout à coup j'entendis le murmure d'un vêtement sur l'herbe, et une femme à demi voilée vint s'asseoir à mes côtés. Des pleurs roulaient sous sa paupière; à la lueur du feu un petit crucifix d'or brillait sur son sein. Elle était régulièrement belle; l'on remarquait sur son visage je ne sais quoi de vertueux et de passionné dont l'attrait était irrésistible. Elle joignait à cela des grâces plus tendres; une extrême sensibilité, unie à une mélancolie profonde, respirait dans ses regards....»
XXI
On arrive au grand village d'Atala, la veille de la mort du prisonnier. Les deux amants errent ensemble dans la forêt vierge. Ils ont le pressentiment de l'amour et du bonheur.
Chactas s'extasie:
«Pompe nuptiale, digne de nos malheurs et de la grandeur de nos amours: superbes Forêts qui agitiez vos lianes et vos dômes comme les rideaux et le ciel de notre couche; Pins embrasés qui formiez les flambeaux de notre hymen; Fleuve débordé; Montagnes mugissantes, affreuse et sublime Nature, n'étiez-vous donc qu'un appareil préparé pour nous tromper, et ne pûtes-vous cacher un moment dans vos mystérieuses horreurs la félicité d'un homme!»
Mais Atala est secrètement chrétienne et vierge sur un vœu de sa mère. Elle s'empoisonne de peur de faillir.