C'est par respect envers l'Assemblée prochaine et pour ne point anticiper sur les droits de la Convention que le décret, écrit en quelque sorte dans tous les coeurs, fut remplacé par un serment qui n'engageait que chaque membre en particulier.
Avant de se séparer, les députés eurent un autre beau mouvement: «Périsse l'Assemblée nationale, s'était écrié Vergniaud à la tribune, pourvu que la France soit libre!»
Tous se levèrent, tous répétèrent d'un même élan: «Oui, oui, périssons s'il le faut… et périsse notre mémoire!…»
Le 21 septembre 1792, l'Assemblée législative avait vécu.
Serrée, étouffée, pour ainsi dire, entre deux colosses, la Constituante et la Convention, elle n'en a pas moins marqué sa place dans l'histoire. Menacée par la coalition de tous les rois de l'Europe, trahie par la cour, trompée par la fortune des armes au début d'une guerre qu'elle avait elle-même déclarée, débordée par les mouvements de la rue, éclaboussée par le sang du 2 septembre, elle n'a jamais fléchi; elle a eu foi dans la France et dans la Révolution. Tout était mouvant, incertain; le sol tremblait sous ses pieds; mais elle ne trembla point. En face de la gravité des circonstances, elle se démit volontairement et noblement de ses pouvoirs. Avait-elle répondu à tout ce qu'on attendait d'elle? Non vraiment; elle eut du moins la sagesse de comprendre qu'en face de l'étranger et de la guerre civile la représentation nationale avait besoin de se renouveler aux sources de l'élection populaire. Elle sut mourir à temps.
Place à la Convention! C'est maintenant vers elle que se porte la grande attente du pays.
[Illustration: Barras]