Les Girondins, réunis en comité secret chez Valazé, dirigeaient la conduite des douze, qui ne tardèrent point à frapper des mesures rigoureuses.

Hébert (le Père Duchêne) avait écrit dans son journal que les Girondins, à plusieurs reprises, enlevaient le pain des boulangers pour occasionner la disette.

Dénoncé à la Commission des douze, il est illégalement arrêté le 24 mai. Peu nous importe l'homme: Hébert était substitut du procureur de la Commune; il avait été élu aussi bien que les représentants du peuple; avait-on le droit de l'arracher à la mairie?

Le lendemain, une députation de la Commune se présente devant l'Assemblée nationale et demande la liberté ou le prompt jugement du magistrat enlevé à ses fonctions.

Isnard s'emporte. De son siége de président, où depuis quelques jours il ne cessait de braver et d'injurier les tribunes, il lance cette imprudente menace:

«Vous aurez prompte justice. Mais écoutez les vérités que je vais vous dire. La France a mis dans Paris le dépôt de la représentation nationale. Il faut que Paris le respecte. Si jamais la Convention était avilie, je vous le déclare au nom de la France entière (bruit), Paris serait anéanti…»

Des murmures, des interruptions, un tumulte affreux couvrent la voix du président.

MARAT.—Lâche, trembleur, descendez du fauteuil!

ISNARD, d'une voix sépulcrale.—On chercherait sur les rives de la
Seine si Paris a existé.

Ce sont là de ces mots qui en temps de révolution tuent un parti. Une telle insulte, un tel blasphème, avait le tort de trahir, en l'accentuant, le voeu secret des Girondins, l'anéantissement de la capitale.