Voulez-vous doubler votre temps ? Faites travailler votre sommeil. — Je m’explique.

Dans un sens beaucoup plus profond qu’on ne pense, la nuit porte conseil.

Posez-vous des questions le soir ; bien souvent vous les trouverez résolues au réveil.

Quand un germe est posé dans l’esprit et le cœur, ce germe se développe non seulement par nos travaux, nos pensées, nos efforts, mais par une sorte de fermentation sourde, qui se poursuit en nous sans nous. C’est ce que l’Évangile fait entendre quand il dit : « Lorsqu’un homme a jeté en terre une semence, soit qu’il veille ou qu’il dorme, la semence croît et se développe ; car la terre fructifie d’elle-même (terra enim ultro fructificat). » Ainsi de notre âme, elle fructifie d’elle-même.

Que font les écoliers pour bien apprendre leur leçon ? Ils la regardent le soir, avant de s’endormir, et ils la savent le lendemain matin.

Que font les religieux pour bien méditer le matin ? Ils préparent leur méditation la veille, après la prière du soir, et ils la trouvent toute vivante au réveil dans leur esprit et dans leur cœur. Rien de plus connu.

Laplace, l’illustre mathématicien, nous apprend, dans un de ses ouvrages, que souvent il posait le soir des problèmes par le travail et la méditation, et que le matin au réveil, il les trouvait résolus.

Parmi ceux qui travaillent, qui n’a pas observé ces faits ? Qui ne sait à quel point le sommeil développe les questions posées, fait fructifier les germes dans notre esprit ? Que de fois, au réveil, la vérité qu’on avait poursuivie en vain brille dans l’âme au sein d’une clarté pénétrante ? On dirait que les fruits du travail se concentrent dans le repos, et que l’idée se dépose en notre âme comme un cristal, comme un diamant, quand l’eau mère, longtemps agitée, vient à dormir.

Voilà le fait. Le sommeil travaille. Il faut donc le faire travailler en lui préparant son travail le soir.

L’emploi du soir ! le respect du soir ! Quelle grave question pratique !