Travaillez donc à les réunir, et vous travaillerez au salut du siècle.
IV
Mais je ne m’arrêterai pas aux généralités, je veux en venir au détail. Voici pour arriver à ce grand but, — qui est précisément ce que Dieu veut de l’esprit humain ; — voici encore, si vous ne vous lassez pas de me suivre, un conseil pratique qui, du reste, est indispensable au développement de vos facultés et au progrès de la lumière dans votre esprit.
Voici ce conseil : Travaillez la science comparée. Ceci demande explication.
Travailler la science comparée, c’est prendre pour devise, dans vos études, cette parole de Leibniz : « Il y a de l’harmonie, de la métaphysique, de la géométrie, de la morale partout. » C’est ajouter encore à cette immense et profonde parole deux mots que Leibniz ne désavouera pas, et dire : « Il y a de l’harmonie, de la métaphysique, de la théologie, de la physique, de la géométrie, de la morale partout. » C’est y ajouter encore une autre parole que nous citons sans cesse et que nous voudrions pouvoir écrire partout en lettres d’or, et que voici : « Il faut savoir qu’il y a trois sortes de sciences : la première est purement humaine ; la seconde, divine simplement ; la troisième est humaine et divine tout ensemble ; c’est proprement la vraie science des chrétiens[12]. »
[12] Vie de M. Olier, t. II, p. 277.
Si vous voulez aujourd’hui travailler utilement, contribuer au retour du siècle vers la lumière, à la renaissance de la foi, à la restauration de la raison publique, c’est dans ce sens qu’il vous faut travailler.
Rappelez-vous les paroles du grand Joseph de Maistre, ce demi-prophète :
« Attendez que l’affinité naturelle de la religion et de la science les réunisse dans la tête d’un seul homme de génie : l’apparition de cet homme ne saurait être éloignée, et peut-être même existe-t-il déjà. Celui-là sera fameux et mettra fin au dix-huitième siècle, qui dure toujours[13]. »
[13] Soirées de Saint-Pétersbourg. Onzième entretien.