Ce tabernacle, conséquence des découvertes de Kepler, n’est achevé que de nos jours. Depuis peu, l’homme possède un certain ensemble de la grande science de la nature, non pas complet, mais suffisant pour commencer.

Aujourd’hui donc, pour la première fois, nous avons sous les yeux les trois mondes : le monde d’en haut révélé par l’Incarnation, donnée obscure, mais déjà profondément étudiée par le travail théologique de dix-huit siècles, travail immense, incomparable, dont le monde du dehors ne se doute pas. Nous avons sous les yeux le monde des corps, dont la science marche de conquête en conquête depuis trois siècles ; et nous avons la science de l’esprit humain enrichie de l’expérience de tous les siècles tant anciens que modernes.

Donc la science d’ensemble, la science proprement dite, l’encyclopédie véritable peut commencer. On peut maintenant comparer la théologie, la philosophie et les sciences. On peut comparer les trois mondes. « Attendez, disait M. de Maistre il y a quarante ans, attendez que l’affinité naturelle de la science et de la religion les réunisse ! »

Mais qui peut faire cette réunion et cette comparaison ?

Je dis qu’elle n’est possible que par la vertu de la croix : c’est là, chrétiens, votre triomphe. Qu’ont donc produit jusqu’à présent nos adversaires ? J’entends par là ceux qui veulent renverser la croix, ceux qui veulent rejeter de la vie et de l’esprit humain la pratique et l’idée du sacrifice. Qu’ont-ils produit ?

Vous entendez dire quelquefois qu’ils ont produit le mouvement scientifique moderne. Mais quoi ! c’est le dix-septième siècle qui a tout fait et tout créé ; depuis, l’on a perfectionné. Mais tous les inventeurs étaient chrétiens. Ces sciences sont donc à nous par leurs inventeurs : les peuples chrétiens seuls étaient capables de les créer. Elles ont été créées, non par révélation assurément, ni par voie de conséquence théologique, mais par l’effort de l’esprit humain, béni de Dieu, pénétré par la sève chrétienne, par les prières des saints, par la lumière des contemplatifs, par l’élan des mystiques, par la philosophie profonde des grands théologiens. Oui, ces forces, ces lumières, ces grâces et ces bénédictions, par la vertu du sacrifice et de la croix, ont soulevé l’esprit humain vers un plus grand amour du vrai et de plus grands élans.

Ces sciences donc, par leurs inventeurs, sont à nous. Les continuateurs ont pu être ce qu’on voudra, bons ou mauvais ; il n’importe. En elles-mêmes, d’ailleurs, toutes ces sciences, astronomie, mathématiques, physique, sont évidemment neutres. Elles sont au premier occupant, à celui qui saura s’en servir, et les faire entrer, toutes pénétrées de lumière et de philosophie, dans l’unité de l’encyclopédie véritable.

Or, nos ennemis le peuvent-ils ? Je demande encore une fois, pour juger leurs forces, ce que jusqu’à présent ils ont produit, outre les ruines. Mettons à part ces ruines, qu’ont-ils dit, affirmé, démontré ? qu’ont-ils construit ? Je ne trouve absolument rien.

Ils ne peuvent nommer que deux choses : la philosophie du dix-huitième siècle et la philosophie du dix-neuvième siècle, c’est-à-dire un éclat de rire, suivi d’un acte de folie.

La philosophie du dix-huitième siècle est un éclat de rire contre toute religion et toute philosophie. Ils ont dit : « Entre Platon et Locke, il n’y a rien en philosophie ; » c’est avouer qu’ils ne savaient plus même ce que veut dire philosophie. Pour eux, saint Augustin, saint Thomas et saint Anselme, tous les Pères grecs et tous les scolastiques, tous les mystiques, tout le dix-septième siècle, Descartes, Pascal, Bossuet et Fénelon, Malebranche et Leibniz, n’étaient rien en philosophie. Ils ont dit : « Nous avons quatre métaphysiciens : Descartes, Malebranche, Leibniz et Locke ; ce dernier seul n’était pas mathématicien, et de combien n’était-il pas supérieur aux trois autres ? » Ce qui veut dire simplement que le dix-huitième siècle avait perdu le sens philosophique, et qu’à ma connaissance, aucun siècle, depuis Platon, n’a été philosophiquement aussi nul. C’est une éclipse philosophique absolue. A partir de la plus vive lumière théologique, philosophique et scientifique, ils sont tombés en un instant dans les ténèbres.