L’amour, comme le pose la divine formule, doit être l’amour du prochain, c’est-à-dire que l’effort pour assister tout être doit suivre la hiérarchie des devoirs. La règle donc, c’est d’aller au plus près ; d’aimer dans la proximité, comme l’attraction attire sous la loi des distances. Mais entendez-le bien.

V

L’homme se doit au prochain d’abord. Mais qui est mon prochain ? demandait-on au Christ. Et le Christ répondait que le prochain, c’est l’homme que vous trouvez blessé sur le chemin.

VI

Mais la règle d’aimer le prochain est absolue dans son énoncé et métaphysiquement rigoureuse. L’effort pour assister ou pour aimer est véritablement réglé par la loi de proximité ; proximité non pas physique, mais morale et métaphysique. D’après cette règle, l’amour bien ordonné commence par Dieu, qui m’est plus intime que moi-même ; puis il descend à moi, qui suis d’abord responsable de moi ; puis ensuite il s’étend au prochain qui me touche, et puis à la patrie et puis au genre humain.

VII

Oui certes, le premier de tous nos devoirs, c’est d’aimer Dieu par-dessus toutes choses. Oui : servir Dieu, le mot est bon. Je dirai même assister Dieu : car le Verbe incarné nous dit : « C’est moi-même que vous assistez. » Et mihi fecistis. Assister Dieu ! c’est le mot de saint Paul. « Nous aidons Dieu ! » Dei adjutores sumus. Oui, aider Dieu, c’est-à-dire lui ouvrir les âmes, la mienne d’abord, et puis les autres ; le faire entrer dans tous les êtres que lui ferme la perversité, l’assister et l’aider pour qu’il vienne à son but et y mène toute la création, afin que lui, bonté suprême, vérité absolue, beauté, félicité, amour, soit tout en tous.

VIII

Oui, je l’assiste ainsi et je le sers, lui, source de tous les biens, en m’efforçant incessamment de le connaître et de l’aimer, et d’être à lui et avec lui de tout mon cœur, de toute mon âme, de toutes mes forces et de tout mon esprit.

IX