Parmi ces témoignages, il en est plusieurs qui me paraîtraient suspects si j'étais le procureur de la République;—c'est, entre autres, celui du capitaine du navire italien, qui pourrait bien avoir agi à l'insu de ses commanditaires.
Et celui du cantinier Rocca, qui a loué l'embarcation et qui a été, après l'évasion, disent les journaux, largement récompensé de l'inquiétude qu'il a eue sur le sort de son canot.
Quant à «la fameuse corde», le directeur de la prison nie complètement la possibilité pour «M. Bazaine, fatigué, très gros, maladroit des mains et ayant mal aux jambes» de s'en être servi pour son évasion.
Qu'il me soit cependant permis de dire,—que la justice a atteint son but, qu'elle a frappé les «coupables».
Mais,
Qu'elle a fait ce qui arrive à certains chasseurs habiles et expérimentés;
Elle a
«Tiré au juger.»
C'est-à-dire que, sachant ou pensant que le chevreuil, ou le lièvre, ou le renard est dans un buisson ou dans un fourré, calculant rapidement, intuitivement, depuis quel temps il y est entré, le chemin qu'il a pu y faire, l'instinct qui le porte à se blottir,—le chasseur ou la justice, sans voir précisément le chevreuil ou le renard, vise le point du hallier, du fourré, du buisson où il le pense caché,—et l'atteint par un effet de sagacité, d'intelligence, de lucidité, d'esprit et de déduction logique.
On doit donc conclure et admettre sans hésitation que la justice a frappé juste,—a frappé en réalité des accusés ayant contribué à l'évasion de M. Bazaine, soit par aide, soit par connivence, soit par négligence.