A propos du pape captif,—des misères de l'Église,—des mandements des évêques,—ordonnant des prières pour obtenir du ciel la fin de ces calamités fabuleuses;
Et, entre les lignes, provoquant à la guerre pour rétablir leur puissance monstrueuse qui s'écroule;
Il n'est pas hors de propos, non pas de remonter aux martyrs, mais de rappeler les traitements que fit subir Napoléon Ier à deux papes,—Pie VI et Pie VII, et de se demander si ces deux prédécesseurs de Pie IX, ne se seraient pas volontiers arrangés du martyre de convention et des misères factices du pape actuel;—martyre, captivité, misères, qui rappellent singulièrement les faux boiteux, les faux manchots, les faux aveugles, qui étalent dans les rues leurs infirmités retouchées et repeintes le matin.
Pie VI voit ses principales villes prises par le général Bonaparte,—on lui fait livrer ses plus beaux tableaux et trente et un millions d'argent.—Bientôt détrôné, il est conduit mourant et enfermé à la Chartreuse de Florence, où un lieutenant de gendarmerie donne à celui qui le lui amène un écrit conçu en ces termes:
«Reçu un Pape en mauvais état.»
Pie VII est élu,—le premier consul devient empereur,—il prie le pape de venir le couronner à Notre-Dame de Paris,—on lui recommande d'amener une douzaine de cardinaux,—il marchande et n'en amène que quatre;—«On fit galoper le Saint-Père vers Paris, dit le cardinal Conzalvi, comme un aumônier que son maître appellerait pour dire une messe.»—A Fontainebleau, il doit attendre l'empereur qui est à la chasse;—le jour du sacre, l'empereur se fait attendre une heure et demie.
L'empereur veut divorcer avec Joséphine; les lois françaises, les lois de l'Église s'y opposent, il brave les unes et les autres. C'était en 1810;—ordre aux principaux cardinaux de se rendre à Paris,—on leur donne vingt-quatre heures pour se mettre en route.—A Paris, ils reçoivent l'ordre d'assister au mariage de Bonaparte avec l'archiduchesse Marie-Louise;—ils refusent; Napoléon était excommunié depuis un an,—et ce mariage, pour l'Église qui n'avait pas admis le divorce avec Joséphine, était un acte de bigamie;—on les chasse du palais et de Paris,—et on leur fait savoir que leurs biens ecclésiastiques et privés sont confisqués;—on leur avait enlevé leurs robes rouges,—ils n'étaient plus cardinaux, et on leur défendait d'en porter les insignes.
Pie VII est pris dans Rome par le général Miollis; on l'amène à Savone, puis à Fontainebleau où il reste dans une vraie captivité jusqu'en 1814.
Le ciel détourne du Saint-Père actuel les vraies misères qu'ont subies ses prédécesseurs,—et lui fasse la grâce de supporter avec plus de patience, de résignation et moins d'hyperboles, les désagréments de sa situation actuelle.
A propos de la discussion puérile sur la couleur du drapeau, rappelons que le premier drapeau des anciens Romains a été une botte de foin au haut d'une pique; mais cette botte de foin, on lui obéissait, on l'honorait, on la suivait au combat.