La république est la forme de gouvernement la plus équitable, la plus puissante, la plus noble de toutes. Elle peut admettre sans révolutions, sans sinistres, sans désastres, tous les progrès, toutes les modifications; elle peut même, grâce à son élasticité, satisfaire aux caprices des «Athéniens couronnés de violettes» αθηναιοι ιοστεφαγοι—sans exposer le pays à des convulsions.
De plus, il semble que ce soit aujourd'hui le seul gouvernement possible pour la France, cet ingouvernable pays,—et qu'on y descend par la force invincible des choses,—il semble que les obstacles ne peuvent que retarder, de temps en temps, le cours de ce fleuve, l'obliger à décrire quelques méandres, ou à briser ou surmonter ces obstacles en grondant et écumant.
Seule la république ne renverse absolument les prétentions et les espérances de personne, elle ne fait que les ajourner, puisque la carrière reste sans cesse ouverte.
Mes préférences raisonnées sont donc pour la république.
Mais, il y a à la république un obstacle puissant, terrible, peut-être invincible,—qui l'a déjà fait échouer deux fois, et paraît s'occuper fort de la faire échouer une troisième,—c'est le parti soi-disant républicain.
Et aucun des autres partis n'est en réalité aussi hostile, aussi mortel à l'idée républicaine que le parti soi-disant républicain.
C'est qu'il n'y a que peu ou point de républicains,—c'est que presque tous ceux qui se disent républicains et qui sont du «parti républicain», ont sur la république les idées les plus fausses, les plus absurdes, les plus injustes, les plus dangereuses, les plus saugrenues.
D'abord, ils prétendent rester «parti» même sous la république;—la république, selon eux, appartient à quelques groupes d'ayant faim et d'ayant soif, rassemblés autour d'un certain nombre de bavards;—à peine au pouvoir ils se divisent entre eux les places, les fonctions, les traitements surtout, sans aucun souci des capacités, de l'intelligence, des études, du caractère;—c'est une horde victorieuse qui se partage, ou plutôt s'arrache le butin.
Si bien qu'on peut dire de ce parti républicain—qui achève en ce moment de mettre à mort la troisième république, ce que je disais un jour d'une certaine ville: «Climat heureux, végétation luxuriante, ciel de saphir, un paradis où il n'y a, comme dans le paradis de la Genèse, que quelque chose de trop, les habitants.»
Nous voyons encore aujourd'hui les «chefs de ce parti» refuser publiquement de couper la queue de voleurs, d'assassins, d'incendiaires, qui forment dans leur armée le corps sur lequel ils comptent le plus.