—Cela m'émeut, ma chère Clotilde, comme m'émeut une tragédie ou un roman.

—Le jour qu'il t'a baisée au front, tu as singulièrement frissonné. Et que de soins tu prends pour lui plaire, ma chère Clotilde!

—Tu confonds ma haine pour Arthur avec un prétendu amour pour Vatinel, ma chère Clotilde.

—Je crains, ma chère Clotilde, que tu ne les confondes toi-même et que tu ne haïsses d'autant plus Arthur que tu aimes un peu Vatinel.

—Mais, ma chère Clotilde, vois donc quel art j'emploie contre lui, avec quelle froide habileté je l'enchaîne, comme je marque d'avance le pas que je lui laisserai faire, et comme il n'en fait jamais deux; comme je calcule, comme je prépare et comme je conduis tout; comme j'excite à la fois sa haine pour mon mari et son amour pour moi! Non, Clotilde, ce sang-froid n'appartient pas à une femme amoureuse.

—Mais pourquoi as-tu été choisir pour l'exécution de ton dessein précisément un homme qui t'a un moment, tu ne peux le nier, inspiré un vif intérêt?

—Parce que c'est un homme que je connais, un homme d'une grande énergie et un homme qui n'a d'autre passion, d'autre ambition que l'amour; parce que c'est un fanatique, que les fanatiques deviennent rares et que je n'en ai jamais rencontré d'autre que lui.

—Mais...

—D'ailleurs, mes plans ne sont pas ceux d'une femme amoureuse; je ne serai jamais à Tony Vatinel.

—Du plan à l'exécution...