»Le jour où j'ai posé mes lèvres sur votre front, il m'a semblé que j'allais mourir.
»Voir l'extrémité de votre pied, sous votre robe, c'est pour moi plus de bonheur et d'enivrements voluptueux que ne m'en pourrait donner la plus belle des autres femmes, amoureuse et tout entière abandonnée.
»Je voudrais rejeter de ma vie tous les instants que je ne puis vous donner; mais, que dis-je! je vous les donne tous par le bonheur ou la souffrance. Je suis toujours occupé de vous, je suis toujours à vous.
»Si vous saviez comme je suis jaloux de me conserver à vous, comme je me garde pour vous, comme, malgré l'effervescence de ma jeunesse, malgré ce qui me sépare de vous, ce qui me sépare de l'amour, je n'ai pas même une pensée infidèle!
»Comme je suis plus heureux de pleurer votre absence, de m'indigner contre le sort, de haïr votre mari, que je ne le serais de tout ce qui fait le bonheur des autres!
»Comme j'aime même mes souffrances, qui me viennent de vous!
»Ah! vous avez raison, ne me plaignez pas. Dans une de ces paroles que vous me dites quelquefois et qui me déchirent le cœur, je trouve plus de plaisir que dans les paroles d'amour que me dirait une autre, parce que c'est votre voix.
»Un coup de poignard de votre main me donnerait encore une volupté étrange et plus réelle que le plus tendre baiser d'une autre femme.
«Tony.»
XXXI