«Oh! loin de vous, je n'ai pas la crainte de vous déplaire et de vous offenser. Loin de vous, j'ose donner plus d'amour à ce que je me rappelle, que je n'ose vous en laisser voir à vous-même.

»Dans l'ombre de la nuit, je reçois votre doux regard, et je le vois mieux que quand je suis auprès de vous, parce que j'ose le regarder. Je sens votre tête brûler la mienne. J'ai emporté un mouchoir avec lequel vous avez essuyé mes yeux; et ce mouchoir, du moins, j'ose lui donner des baisers que je ne pense qu'à modérer sur vos mains et sur vos genoux.

»Mais pourquoi de si charmantes images m'oppressent-elles ainsi, et me serrent-elles le cœur?

»Que je suis heureux de tout ce que je sens de noble et d'élevé dans mon âme, qui est votre temple! Comme je vous appartiens!

»Mon hôtesse vient d'entrer dans ma chambre pour me demander pardon du bruit qu'on a fait toute la nuit dans la maison; elle m'assure que cela n'arrivera plus à l'avenir. Je lui ai dit que ce n'était rien; mais la vérité est que je n'ai absolument rien entendu, et que, cependant, je n'ai pas dormi un instant et ne me suis pas couché. Je suis entouré d'une atmosphère d'amour qui ne laisse rien arriver jusqu'à moi; toutes mes facultés, tous mes sens vous sont consacrés. Je ne vois que vous, et je vous vois toujours et partout. N'importe qui me parle, c'est votre douce voix que j'entends, et qui me redit quelques-unes de ces bonnes paroles que vous m'avez dites et que j'ai enfouies dans mon cœur, comme un avare son trésor dans la terre.»

XLVIII

Le samedi, Tony Vatinel trouva Clotilde dans le jardin; elle le prit par la main et le conduisit dans sa chambre. «Vous voyez que je suis bonne, lui dit-elle; aussi dois-je espérer que vous serez plus raisonnable que l'autre soir; sans quoi, il me faudrait renoncer à vous voir tout à fait. Et qu'avez-vous, dit-elle en souriant, à me regarder ainsi?—Laissez-moi, répondit Tony. Quelque fidèle que soit mon imagination à vous représenter à moi, elle oublie toujours quelque chose, et, quoique je n'aie pas cessé un moment, depuis l'autre nuit, de vous avoir devant les yeux, il me semble qu'il y a un siècle que je ne vous ai vue. Tenez, il y a une impression que je n'ai pu retrouver, et pour un instant de laquelle je donnerais ma vie: c'est la douce odeur de votre peau. Quand, l'autre nuit, j'avais la bouche sur votre cou, j'aspirais ce parfum et j'en étais enivré.»

Clotilde sourit doucement, et pencha son cou, sur lequel Tony posa ses lèvres; mais, cette fois, ce baiser porta sur une partie du cou douée d'une grande sensibilité chez les femmes, et Clotilde tressaillit. «Enfin, dit Tony, ce n'est donc pas à une statue que s'adressent mes désirs et mes caresses; voilà la première fois que je te sens animée.—Tony, dit-elle, ne m'embrassez plus ainsi, je vous en prie.»

Tony, assis près de Clotilde, passa le bras autour de sa taille, et Clotilde, troublée au plus haut degré, laissa pencher sa tête sur la poitrine de Tony.

Elle paraissait endormie, bercée par les violents battements du cœur de Vatinel, qui n'osait faire un mouvement et posait doucement ses lèvres sur les cheveux de Clotilde.