Les feuilles des haies ont frissonné d'elles-mêmes. Aucun oiseau n'a osé élever la voix. Les grenouilles n'ont pas coassé dans les joncs de la Touque.
Il fait une chaleur accablante; l'air est lourd et ne semble pas assez pur pour être respiré; la poitrine haletante le renouvelle plus fréquemment.
Toutes les barques sont rentrées dans la Touque, et on les a amarrées avec plus de soin que de coutume.
Les goëlands eux-mêmes, qui ont coutume de se jouer dans la tempête en poussant des cris de joie, ont quitté la mer à tire-d'ailes et sont venus silencieusement se cacher dans les trous de la falaise.
Après de sourds roulements, on entend des claquements clairs et précipités, et l'éclair qui déchire le nuage montre, par la fente de la nuée, que, sous cette nuée grise qui nous écrase, le ciel n'est qu'une fournaise ardente, une plaine de feu et de lave. Dans les étables, les troupeaux se serrent les uns contre les autres.
La mer commence à faire entendre au loin ses mugissements; elle s'agite dans ses profondeurs sans qu'aucune émotion vienne rider sa surface; elle roule dans son sein des galets qui font un bruit de chaînes; elle se gonfle et se balance; puis elle blanchit à l'horizon et commence à courir sur la plage, qu'elle semble devoir couvrir une demi-lieue par-dessus les maisons.
Le vent commence à se faire entendre, tantôt en sifflements aigus, tantôt avec des voix graves et basses. Sur la terre, il enlève, en tourbillonnant, la poussière des champs; il déracine les arbres; il émiette dans l'air le chaume des maisons; dans le cimetière, il renverse les croix et fait ployer les cyprès jusqu'à terre avec de funèbres gémissements.
Les lames qui arrivent de la pleine mer, arrêtées par les plages, s'élèvent et retombent avec un bruit immense et courent au loin dans la plaine.
Dans les moments où le ciel s'ouvre, une sinistre clarté montre pendant un instant la terre et la mer bouleversées. Le ciel se referme, et on retombe dans une nuit profonde.
Quelle nuit!