Le lendemain, Charles vint assez tard; Zoé, pour la première fois, s'en impatienta. «Qu'a donc Zoé aujourd'hui, demanda le père Reynold, qu'elle est toute distraite?—Voici, reprit la mère, trois jours que Charles ne vient pas.» Zoé entendit ses parents, et fut très-contrariée de l'interprétation qu'ils faisaient de son agitation. Le père Reynold sortit; la mère continua à faire du filet. Charles entra. «Bonjour, ma tante.—Bonjour, mon neveu. As-tu rencontré ton oncle?—Oui, ma tante, je venais en flânant, et il m'a dit de venir plus vite, que l'on avait à me parler.—C'est sans doute ta cousine.—Qu'est-ce que tu me veux, Zoé?» Zoé lui fit signe de se taire; puis elle lui fit des questions sur la santé de sa mère et sur une foule de parents dont elle n'avait pas coutume de se soucier, et dont l'existence importait fort peu à Charles.

CHARLES. Mais, Zoé, quelle tendresse prends-tu donc tout à coup pour cette partie ignorée de notre famille?

ZOÉ. Ma mère dort; maintenant causons. Je t'ai écrit de venir; où est ma lettre?

CHARLES. Ma foi, je ne sais pas; peut-être dans mon portefeuille.

ZOÉ. Bien, ne cherche pas, c'est inutile.

CHARLES. Que me veux-tu?

ZOÉ. J'ai à te parler d'une chose de la plus grande importance, d'une chose qui peut faire à tous deux notre malheur ou notre félicité.

CHARLES. Oh!

ZOÉ. Nous devons nous marier.

CHARLES. Oui; après?