Charles retomba dans le même embarras; il n'y avait rien de si naturel que de demander à sa cousine qui lui avait donné ce bouquet. «Mais, ne l'ayant pas fait tout de suite, songea-t-il, elle croirait que j'ai hésité, et se figurerait peut-être que cela ne m'est pas parfaitement égal.» Il se remit à regarder le tableau. Pendant ce temps-là, Zoé se disait: «Pourquoi ne lui ai-je pas dit tout de suite que ce bouquet m'avait été apporté par Robert Dimeux? Il croirait peut-être que c'est une bravade ou une coquetterie.» Et elle ouvrit sa boîte à ouvrage, probablement pour y chercher quelque chose, et tous deux restèrent quelque temps silencieux. Zoé parla la première, et demanda à Charles où il en était avec Alida. Charles prit un air de fatuité réservée. «Du reste, ajouta Zoé, tu es magnifique; on voit bien que tu es amoureux. Tu fais très-bien de mettre une cravate blanche; cela te va beaucoup mieux.»
Elle se sentit rougir, et dit en se levant: «Il fait chaud ici.—Mais non,» dit Charles.
Zoé regardait à travers les vitres; un faible rayon de soleil perça péniblement le ciel gris, et si bas, qu'il semblait prêt à être déchiré par les cheminées. «Quel beau temps!» dit Zoé. Et elle ouvrit la fenêtre.
A peine la fenêtre ouverte, le reflet du soleil étalé sur la maison d'en face, de jaune pâle qu'il était, devint d'un blanc morne et froid. «Quel beau temps!» répéta Zoé.
Charles vint se mettre près d'elle à la fenêtre, et tous deux regardèrent les passants sans parler. Zoé inclina légèrement la tête; Charles chercha à qui était adressé ce salut, et aperçut Robert qui passait à cheval.
»Voilà Robert, dit-il. Quel affreux cheval!
ZOÉ. Comment! son cheval est, au contraire, superbe!
CHARLES. Superbe! de grosses jambes avec de hideuses balzanes! Un cheval qui forge!
ZOÉ. Tu me permettras de ne rien comprendre à ces mots de manége.
CHARLES. C'est incroyable comme Robert est changé, lui qui se mettait si bien autrefois.