Geneviève traversa le salon et alla droit à son frère; elle lui dit: «Ne te chagrine pas de la petite coquetterie de Rose, c'est un enfant; elle n'agit que pour te contrarier un peu, et se venger de ce qu'elle appelle tes torts à son égard; tant que tu n'as pas été là, elle ne s'est occupée de M. de Redeuil que pour lui dire des choses désobligeantes.

—N'importe, dit Léon, quel que soit le motif de cette conduite, je ne la pardonnerai pas.»

Et il songeait que, sans doute, le serment de Rose la gênait beaucoup; que ses affaires à lui n'étaient pas assez brillantes pour qu'il pensât encore à se marier, et que Rose n'avait ni assez d'énergie ni assez d'amour pour attendre, et résister aux séductions des hommes qui l'entouraient et aux obsessions de sa famille.

On présenta la future d'Albert à Léon et à Geneviève. La pauvre Geneviève resta assise auprès d'Anaïs; elle croyait que tout le monde savait son secret et que tous les yeux étaient fixés sur elle. A chaque instant il passait sur son pâle visage des nuages de pourpre produits par les pensées subites qui venaient l'embarrasser. Tout d'un coup, elle se trouvait trop froide avec Anaïs. «On va me croire piquée, malheureuse.» Puis elle s'arrêtait au milieu de l'empressement qui succédait à la froideur. «Cet empressement n'est pas naturel, pensait-elle; tout le monde doit en comprendre le motif.» Pour Léon, il était allé, dans une pièce écartée, écrire une lettre qu'il glissa dans la main de Rose. Rose la mit où on serait si heureux de voir mettre ses lettres, si les femmes n'y mettaient à peu près tout, dans son sein.

XI

Quand tout le monde fut parti, Rose, aussi rouge que si on eût pu la voir, tira de son sein la lettre de Léon, et s'empressa de la lire.

A Rose.

«Ma cousine, pardonnez-moi d'avoir abusé d'un moment d'entraînement et de pitié pour vous faire faire une promesse qui vous gêne aujourd'hui, et que, tout me le montre, vous regrettez amèrement d'avoir faite; je vous la rends, ma cousine, vous êtes libre: j'ai seulement le regret de n'avoir pas accompli plus tôt le devoir que j'accomplis aujourd'hui; vous n'auriez pas eu le temps d'avoir à mon égard les torts graves et nombreux que vous avez eus depuis quelque temps. Je renonce à vous, ma cousine: soyez jolie, coquette, heureuse, rien ne vous en empêche; aimez Rodolphe ou tout autre, je n'ai plus le droit d'en souffrir ouvertement. Adieu.

«LÉON.»

Rose resta un moment stupéfaite; elle s'attendait à voir Léon demander des excuses de ses mauvaises humeurs; elle n'aurait jamais cru qu'il se fût entre eux rien passé d'assez grave pour amener une rupture. Après qu'elle eut relu la lettre, elle pleura beaucoup, puis elle écrivit.