Fondez l'onde de la citerne où s'en vont boire les troupeaux; ôtez aux prés leur couleur terne, et faites croître la luzerne pour cacher les nids des oiseaux.
Allons, gnomes, qu'on se dépêche; préparez les parfums amers, préparez la couleur si fraîche des premières fleurs de la pêche, roses sur leurs rameaux verts.
Là-bas, au fond du cimetière, est la tombe d'un pauvre enfant; personne n'y vient; mais la terre, à chaque printemps, bonne mère, donne à l'ange son bouquet blanc; sur le gazon qui l'environne, aux beaux jours, de ses blancs bouquets une aubépine le couronne, et la pâquerette y foisonne. Gnomes, ne l'oubliez jamais.
Allons, gnomes! Vos mains discrètes ont encore un soin à remplir. Ouvrez! ouvrez les fleurs coquettes; ouvrez ces belles cassolettes de rubis, d'or et de saphir.
De ses plus beaux habits la nature est parée; la lisière de la forêt, de beaux genêts fleuris brille toute dorée aux rayons du soleil de mai.
Vos travaux sont finis! Allez, troupe joyeuse! Que chacun de vous prenne un corps; papillon à l'aile soyeuse, demoiselle capricieuse, ou mouche à miel laborieuse, vivez au sein de tous ces beaux trésors.
Roulez-vous dans les fleurs! Que la cétoine pose ses ailes d'émeraude au sein d'un rosier blanc, vivant dans une rose et mangeant de la rose, et dans une rose mourant.
Le criocère au lis, la grande fleur royale, demande asile; hôte bruyant, il chante et se promène, et sur le blanc pétale, rouge, paraît une goutte de sang.
Fête au ciel et fête à la terre! Le beau printemps est revenu; il n'est plus de chagrins, il n'est plus de misère; le pauvre de soleil est richement vêtu.
Fête au ciel et fête à la terre! Le printemps est venu; que faire de la richesse et des grandeurs, des diamants, des sculptures, des toiles? On nous donne gratis mille et mille splendeurs, illumination d'étoiles, illumination de fleurs.