—Je savais bien que je serais malade, dit madame d'Elchingen, seulement je ne croyais pas l'être autant. Mais les enfants en avaient tant d'envie!
—Voilà, disait, quelques jours après, mon matelot Buquet, voilà des gens qu'il est agréable de mener promener; vous ne savez pas tout ce qu'elle a donné à ma femme et à mes enfants!
Un jour qu'on avait envoyé des livres de contes aux quatre enfants, Michel me dit:
—Vous devriez bien nous faire les fées de la mer.
J'avoue que je n'y pensai plus, et ce n'est que bien longtemps après que Hetzel, l'éditeur de l'excellent Magasin illustré, me demandant un conte, je me rappelai les «Fées de la mer».—Mais Michel était alors général, et je n'osai pas le lui dédier.
Qu'est devenue cette famille, alors si heureuse?
La révolution de 1848, qui avait trouvé d'Elchingen colonel du 7e régiment de dragons s'empressa de le mettre à l'écart;—puis en 1851, le président le fit général de brigade, et il fut choisi pour commander une brigade de grosse cavalerie, lors de la guerre d'Orient; mais il mourut du choléra en arrivant à Gallipoli.
Son fils Michel Ney est mort d'une mort terrible et mystérieuse, au moment où, déjà général de brigade, il allait être promu divisionnaire—à quarante-quatre ans;—il avait vingt-sept ans de service, dix-neuf campagnes, six citations à l'ordre de l'armée, cinq blessures.
Henry Souham est mort d'une attaque d'apoplexie, lieutenant-colonel de cavalerie, chevalier de la Légion d'honneur.
Edgard de Vatry, obligé de quitter le service à la suite de douleurs incurables gagnées à la dernière guerre, s'est donné la tâche de traduire en français et de publier un ouvrage très célèbre en Allemagne, du général de Clausevitz:—Théorie de la grande guerre.—Cet ouvrage, commencé, dit-il, sans autre intention que de tromper ses regrets en continuant à s'occuper des choses du métier, a demandé treize ans d'un travail de traduction, et a reçu de l'Académie un prix Montyon, comme ouvrage d'utilité publique.