A côté de Bonjean assassiné par la Commune, j'aurais voulu voir le fils de la victime, par une inspiration sublime, consacrant sa fortune, son intelligence et sa vie à sauver les enfants abandonnés ou coupables, les enfants des assassins de son père, par une éducation honnête et paternelle.
Parmi les braves marins qui ont combattu les Prussiens et la Commune avec tant d'énergie, de dévouement, je ne vois pas chez vous Jauréguiberry, l'intrépide amiral qui eût représenté la part admirable que prirent nos marins à la guerre de 1870.
Au nombre des grands comédiens dont vous avez admis des moyens et des petits, pourquoi ne voit-on pas Dorval, Georges, Duchesnois, Potier, Bouffé;—les Brohan, la mère et les filles, Jenny Vertpré. Mais vous oubliez aussi des grandes cantatrices? Et cet intrépide et dévoué Ducatel qui fit entrer l'armée de Versailles dans Paris, où les communards répandaient le sang et mettaient le feu.
D'autres figures sans doute encore ont échappé à vos si patientes recherches, à vos si louables études;—il en est, j'en suis certain, pour ne parler que de celles que je viens de vous signaler, que vous seriez heureux d'admettre dans ce panthéon, dans cette œuvre qui gardera sa place et avec vos noms dans le siècle que vous avez voulu glorifier.
Et il serait triste de répondre aux légitimes réclamations comme font les conducteurs d'omnibus: Complet! Il n'y a plus de place.
Mais, dans votre collection, vous avez passablement de ministres, de fonctionnaires, et, parmi ces ministres, un nombre remarquable qui, tombant au pouvoir, comme tombent les pluies de crapauds,—ont fait, font et feront comme les grenouilles dont parle Publius Syrus:
Du trône, elles ressautent dans le bourbier.
Beaucoup n'existaient pas avant d'être ministres,—et n'existent plus après.—Je n'irai pas aussi loin, au moins quant à la forme, que ce vieux courtisan qui disait: «Je déclare à l'avance que je suis l'ami et un peu le parent de tout homme qui arrive au pouvoir, décidé que je suis, au besoin, à tenir le pot de chambre au ministre tant qu'il est ministre, mais aussi prêt à le lui verser sur la tête aussitôt qu'il est tombé du pouvoir.»
C'est d'abord parmi les ministres qui vont disparaître que vous pourrez, en les effaçant proprement, trouver des places pour réparer les oublis involontaires que, j'en suis certain, vous regrettez amèrement;—et ainsi, en profitant de ces vacances et de quelques autres dont je ne parle pas,—vous complèterez votre œuvre, et vous la rendrez digne de survivre à jamais à la circonstance qui vous l'a fait évoquer.
Cela dit,—je vous renouvelle, Messieurs, et mes félicitations, et mes remerciements, et vous adresse un salut cordial.