On arrêta quelques-uns des manifestants; mais les autres les arrachèrent presque tous aux mains des agents de police;—ceux que ces agents purent emmener furent relâchés le soir; on n'osait pas leur faire des procès qui, dans l'état d'effervescence des esprits, seraient suivi d'autant d'acquittements.
Arriva le moment des élections générales.—Quelqu'un proposa la candidature de Klmprsk;—elle fut acclamée avec ardeur non seulement dans la capitale mais dans toutes les circonscriptions;—le cri de Vive Gustave! fut déclaré par le ministère «cri séditieux» et faisait tomber ceux qui le hurlaient sous le coup de soixante-quatorze articles de loi, ce qui centupla en vingt-quatre heures le nombre des crieurs.—Le cri de Vive Gustave était toujours accompagné des cris de: A bas les ministres! A bas le président!
Le journal Klmprsk—prononcez Gustave—célébra les vertus de son candidat,—et elles étaient nombreuses. L'avenir que son élection promettait au pays décuplait toutes les félicités du paradis de Mahomet.
Le journal officiel attribua à Klmprsk tous les vices et quelques crimes—et annonça que son élection serait la ruine et la perte de la patrie.
Le ministère fit un chassé croisé de préfets et de sous-préfets pour s'opposer au torrent; on ne s'occupa plus que de la question Klmprsk.—Ce fut une belle époque pour les filous et les escarpes de la capitale, auxquels la ville fut abandonnée à merci.
Les deux partis couvrirent les murs et les maisons d'affiches de toutes les couleurs; les gustavistes rappelaient que c'était Klmprsk qui, à Xerxès, qui lui disait de rendre ses armes, avait répondu: «Viens les prendre!»
Les antigustavistes soutenaient qu'ils avaient des preuves qu'il était le petit-fils du célèbre Cartouche et les électeurs croyaient les uns et les autres.
Quelques agents de police ayant reçu l'ordre d'arracher les affiches gustavistes, furent roués de coups, assommés par les gustavistes qui tapaient en criant: «On assassine nos frères!» A l'émeute manquait encore le cadavre traditionnel qu'on doit promener par les rues en criant: «Aux armes!»
On ramassa un citoyen ivre-mort qu'on coucha sur un brancard et que quatre robustes manifestants commencèrent à promener. Mais l'ivrogne se réveilla et se prit à chanter sans qu'il fût possible de le faire taire;—il fallut le remettre à terre au coin d'une borne où il se rendormit.
Heureusement passait une de ces mascarades appelées enterrements civils, avec des drapeaux et des immortelles teintes en rouge—sans oublier des stations aux cabarets, chemin faisant, où on buvait aux vertus et au patriotisme du mort «libre penseur».