»Qui sait si on ne compléterait pas la langue avec vos prénoms?

»Si, par votre influence toute-puissante, brav' général, j'entre à l'Académie française, d'abord vous pourriez compter sur ma voix pour vous y faire entrer à votre tour, et ensuite je consacrerais mes veilles à la formation, au perfectionnement de la langue boulangienne toute tirée de votre nom; les lettres qui, obstinément, se refuseraient à cet honneur, seraient considérées comme suspectes, et rejetées pour le goût et le beau langage.

»Joseph Prudhomme.»

Et moi aussi, je veux donner quelque chose au brav' général; car on s'aborde dans la rue, et on se demande réciproquement: «Qu'avez-vous envoyé au général?...» Je n'ai pas, du reste, ce qui me distingue avantageusement, attendu son triple succès, pour lui fournir, par les exemples de Cromwell et de Bonaparte, la seule et efficace manière de dissoudre une Assemblée.

Je veux aujourd'hui, quoique ce soit hardi, peut-être imprudent—lui dire deux vérités:

La première, c'est qu'il ne faut pas s'enorgueillir de la popularité—et de la multiplicité des suffrages.—On ne vote pas pour celui-ci ou celui-là, mais contre celui-là ou celui-ci.—Le favori n'est le plus souvent qu'un prétexte.—«Vive Boulanger!» ne veut peut-être dire que «A bas Floquet!» et même «A bas la République!»

—Vous valiez mieux, dit Sénèque à Lucilius, quand vous plaisiez à moins de monde.

Pourquoi, brav' général?—Connaissez-vous un général qui n'ait donné des preuves de bravoure?—Où, quand, et comment M. Boulanger en a-t-il donné plus que les autres? Et, d'ailleurs, que signifie cette épithète qui s'applique à tous, non seulement à tous les généraux, mais à tous les colonels, à tous les sergents, à tous les soldats?—Comme éloge, c'est banal et commun.

A Cromwell—qui, lui, savait dissoudre une Assemblée, un de ses courtisans faisait remarquer, avec enthousiasme, la foule énorme qui se pressait sous ses fenêtres pour le voir.

—Il y en aurait encore bien plus, dit le Protecteur, si on me menait pendre.