Celui-ci refusa de voir la blessure et le blessé, demandant seulement un des linges qui avaient servi à panser la blessure et l'épée qui l'avait faite. On lui donna un linge, le chevalier jeta une poignée de sa poudre dans un bain plein d'eau où il plongea le linge en question.
Pendant ce temps, M. Hovell, dans la chambre, causant avec un gentilhomme, fit un mouvement en disant: «Je ne sens plus de douleur.»
Ce fait fut rapporté à M. de Buckingham et au roy, dit le chevalier.
«Un peu après, ajoute-t-il, je tirai le linge hors de l'eau et le fis sécher à un grand feu.—Voilà le laquais de M. Hovell qui vint me dire que les douleurs avaient repris à son maître, avec plus de force. «Retournez auprès de votre maître, lui dis-je, il sera guéri avant que vous soyez arrivé.» Il s'en va, je remets le linge dans l'eau et le laquais trouva son maître sans la moindre douleur; en cinq jours, la plaie fut entièrement cicatrisée.»
C'est de cette poudre de sympathie que nous avons vu madame de Sévigné si enthousiaste, ainsi que du «noble sel d'esprit d'urine».
Tous ces médicaments—et je n'en ai relaté qu'une partie—ont été longtemps dits, écrits, préconisés, approuvés, expérimentés,—non point par de vulgaires charlatans des rues et places publiques,—mais par de savants et célèbres médecins;—tout cela a été cru, accepté, subi,—non point par des niais, par de pauvres esprits crédules,—mais par les esprits les plus éclairés, les plus défiants même,—tant est puissant l'instinct de l'amour de la vie et de la santé!
De la santé surtout.—On disait de je ne sais quel grand homme:—Il ne prenait aucun soin pour sa vie, et s'exposait volontiers à être tué; mais, sur l'article de la santé, il n'entendait pas raillerie et se soignait scrupuleusement.
C'est ainsi que lord Chesterfield écrivait à son fils: «Soignez votre santé;—il ne s'agit pas de vivre, vivre est peu important;—non, il s'agit de se bien porter pendant qu'on vit.»
Je veux cependant terminer cette conférence par quelques exemples de bon sens.
L'École de Salerne était au royaume de Naples une université très florissante et très célèbre; elle a laissé un recueil d'aphorismes écrits en vers latins, dits léonins, c'est-à-dire rimés soit à la fin, soit au milieu du vers, ce qui donne à ces sentences, le plus souvent très sages—quoique absolues—un certain air bouffon.