«Vous avez appelé suffrage universel «le triomphe d'une coterie»,—votre République votée à la majorité d'une voix,—peut-être celle d'un absent,—selon l'absurde et criminelle habitude que vous avez de permettre à un membre présent de voter pour un membre absent;—si bien que cette prétendue République consiste à mettre la moitié moins un des «citoyens» sous le despotisme de la moitié plus un.
»Et vous appelez cela être en République!
»Je ne vous reconnais plus, ô Français! peuple autrefois si léger, si brave, si spirituel, si bienveillant, si poli, si galant, si gai, si sensé.
»Vous êtes devenus esclaves volontaires, crédules, aveugles, imbéciles, haineux, avides, cruels, grossiers, bêtes, ennuyés et ennuyeux;—la prétendue République vous a métamorphosés comme fit Circé des compagnons d'Ulysse.
»Et vous, les maîtres, les soi-disant républicains, arlequins, polichinelles et pierrots qui, dans les lambeaux de pourpre du manteau royal, vous êtes taillé des carmagnoles et des bonnets rouges, pour vous déguiser qui en Robespierre, qui en Danton, qui en Marat ou en Père Duchesne, vous les effrontés bavards, les affamés, les pillards, lâches, ignorants,—je vous défends de me déshonorer, de m'encanailler en me mettant au nombre de vos modèles, de vos maîtres, des saints et des dieux de votre calendrier...
»Je...»
A ce moment un gros nuage passa sur la lune, et la statue, cessant d'être éclairée, cessa de parler et retomba dans le silence probablement pour toujours.
J'espérais qu'elle parlerait du scrutin de liste et du scrutin d'arrondissement;—mais je pensai que, à défaut d'elle, j'en sais assez long sur ce sujet, et que j'en puis parler moi-même.