cette fable prouve que...
Je vous dirai, pour l'avoir étudié et expérimenté à mes dépens, ce qu'il faudrait changer, ajouter, retrancher, modifier au vote pour que le scrutin de liste et le scrutin uninominal ne fussent plus la plus effrontée des mystifications, le plus insolent et le plus pernicieux des mensonges.
En 1848,—la scène se passe à Sainte-Adresse, au Havre et à Rouen,—c'est une trilogie.
Je m'étais laissé persuader par Lamartine, qui jouait alors un si grand et si noble rôle, et par un groupe de notables habitants du Havre de me faire comparse dans la pièce;—le feu était à la maison, tout le monde devait se mettre à la chaîne et porter au moins son seau d'eau. Me voici donc, après quelques hésitations et avec une répugnance instinctive,—pressentant ma vie changée et ma liberté menacée, me voici candidat à la représentation nationale.—J'avais, parmi les marins et les pêcheurs, une amicale popularité;—j'avais plus d'une fois partagé leur rude existence, quelquefois même leurs périls—j'avais pu, dans certaines circonstances, défendre leurs intérêts;—j'avais pu provoquer avec succès, en faveur des familles des marins morts à la mer, des souscriptions auxquelles le roi Louis-Philippe et ses fils avaient contribué.
Quant aux autres Havrais, mon titre était cette popularité qu'ils connaissaient.
Une fois décidé, je me mis à faire consciencieusement mon métier de «candidat»; j'assistai à diverses assemblées où j'étais convoqué avec mes concurrents;—j'étais parfois attaqué et j'avais à me défendre.
Je me rappelle la première séance.
Quand vient mon tour de parler, je monte sur une estrade que, jouant à l'Assemblée, on appelle la tribune—et je commence:
—Mes amis...
On crie:—Dites citoyens!