Tout allait mal;—il fallait tout changer:—administration à l’intérieur,—politique à l’extérieur;—c’était vraiment un gouvernement et un pays à refaire. On traitait le roi lui-même fort lestement;—c’est un courage peu dangereux dont les journaux aiment à faire parade, et qui leur donne, vis-à-vis d’une partie de leurs abonnés, un certain air matamore et sacripant qui leur sied à ravir.

Le roi Louis-Philippe était appelé ironiquement—gouvernement personnelpensée immuablecouronnetrônehaute influencequelqu’unhaut personnage.—M. Thiers, de son côté, était un gaillard qui avait dit au roi son fait en plus d’une circonstance, et qui ne rampait pas avec les courtisans, et chez lequel, dans l’intimité, on appelait le roi papa Doliban.

Pendant tout ce temps, pour les journaux ministériels—les Débats—le grand et le petit Moniteur, etc., tout allait le mieux du monde;—la pluie et la gelée arrivaient à propos;—ceux qui voulaient renverser le ministère étaient des brouillons et des agitateurs ennemis du pays.

Mais, le ministère Soult renversé, lorsque le roi manda M. Thiers,—dès le lendemain les journaux avaient changé de langage,—les imprimeurs avaient retrouvé dans leurs casses les deux lettres proscrites: S. M.—M. Thiers, mandé par le ROI,—s’était rendu AUX ORDRES de Sa Majesté.

Et enfin, le 1er mars 1840,—une ordonnance du roi, insérée au Moniteur, apprit à la France qu’elle était gouvernée par un nouveau ministère dont voici la composition:

Présidence du conseil et ministère des affaires étrangères,

M. THIERS.

Ministère de la guerre,

M. THIERS, sous le nom de M. DE CUBIÈRES.