Paris n’a plus rien à envier à Athènes. Depuis longtemps, sous prétexte de monuments nationaux, il possède plus de temples grecs que n’en eut la ville de Minerve: aujourd’hui il a son philosophe cynique. M. Cousin a fait un grand scandale: conseiller en service ordinaire, c’est-à-dire avec douze mille francs d’appointements, il s’est vu tout à coup conseiller en service extraordinaire, c’est-à-dire sans honoraires; et, en effet, ce serait un service bien extraordinaire que celui que M. Cousin rendrait pour rien. Il s’est emporté, a écrit dans les journaux, a donné sa démission de ce qu’il appelle «un titre vain

Mais, ô Diogène! dans cette colère qui vous fait rejeter tout pacte avec un pouvoir ingrat, vous avez oublié de vous démettre également de deux petites places agréablement rétribuées qui vous restent. Prenez garde, ô Diogène! on croira que les titres vains sont les seuls que vous dédaignez, et que vous vous êtes moins occupé, votre lanterne à la main, de chercher un homme que de chercher des places.

Est-il vrai, ô Diogène! que, dans votre retraite, vous composez un Traité dans lequel vous démontrez combien vous méprisez le mépris des richesses?

Autrefois, il était convenu que les rois, les reines et les princes immolaient à leurs grandeurs les plus doux sentiments de la vie. L’amour n’était nullement consulté dans leurs mariages. C’était sur le cœur des bourgeois que ce dieu exerçait son empire.

Aujourd’hui les bourgeois se sont emparés des grandeurs: les rois pensent ne devoir rien immoler à des grandeurs qu’ils n’ont plus. Un journal anglais, en parlant d’un projet de mariage entre la reine d’Angleterre et le prince Albert, ajoute: «Nous savons de bonne part que l’inclination de Sa Majesté pour le jeune prince date de quelque temps.»

En même temps, l’empereur de Russie a envoyé son fils chercher, chez les petits princes allemands, une femme selon son cœur. Le prince a trouvé à la cour de Hesse-Darmstadt une jeune fille du nom de MARIE, que la grande noblesse dédaigne; elle n’a que ses quinze ans et sa beauté, le mariage sera célébré d’ici à un mois.

Le fils d’un marchand de la rue Saint-Denis, ou du dernier des Dupin, serait fort mal reçu s’il présentait à son père une semblable bru, bonne tout au plus, aujourd’hui, pour un roi de France ou un empereur de Russie.

Les rois se montrent du reste bien avisés de chercher les joies de l’amour dans le mariage; je leur conseillerais peu de les demander à des amours illicites, et de suivre les exemples de Louis XIV, le Grand; de Louis XV, le Bien-Aimé; de Henri IV, le Père du peuple; d’Élisabeth d’Angleterre, dont les erreurs ont été déifiées par leurs contemporains, et acceptées bénévolement par la postérité, que nous avons l’honneur d’être. S. M. Louis-Philippe a fait placer à Versailles, parmi les portraits des rois ses aïeux, et des grands hommes qui ont honoré ou servi la France, ceux des diverses beautés qui ont adouci illégitimement les ennuis de la royauté de ce temps-là.

La presse, le seul gouvernement despotique et arbitraire qu’il y ait aujourd’hui, mettrait bon ordre à de semblables délassements: les journalistes les plus viveurs, dîneurs, soupeurs, bambocheurs, les plus exacts à exercer les droits de jambage sur leurs vassales des théâtres, sont trop vertueux dans leurs feuilles pour permettre aux autres le moindre scandale. Le vice, autrefois apanage des grands, aujourd’hui appartient à la classe moyenne; elle l’a conquis et elle saura maintenir ses droits; malheur à qui y toucherait!