Allons, gnomes, qu’on se dépêche!
Préparez les parfums amers!
Préparez la couleur si fraîche
Des premières fleurs de la pêche,
Roses sur leurs rameaux verts.

Au printemps, chaque année, alors que la nature
Revêt tout de parfum, de joie et de verdure,
Quand tout aime et fleurit,

Dans les fleurs des lilas et des ébéniers jaunes,
De mes doux souvenirs, cachés comme des faunes,
La troupe joue et rit.

De chaque fleur qui s’ouvre et de chaque corolle
S’exhale incessamment quelque douce parole
Que j’entends dans le cœur.

Alors qu’au mois de juin fleurit la rose blanche,
Savez-vous bien pourquoi sur elle je me penche
Avec un air rêveur?

C’est qu’à ce mois de juin la rose me répète:
«Tenez, Jean, je n’ai point oublié votre fête,»
Depuis plus de quinze ans.

Chaque fleur a son mot qu’elle dit à l’oreille,
Qui souvent fait pleurer et cependant réveille
Des souvenirs charmants.

Vous savez celle-là qui se pend aux murailles,
Et, comme un réseau vert, entrelace ses mailles
De feuilles et de fleur,—c’est le frais liseron.

C’est le volubilis aux clochettes sans nombre;—
Le soir et le matin,—ses cloches, d’un bleu sombre,
Chantent une chanson.

Une chanson d’amour bien naïve et bien tendre
Que je fis certain jour que j’étais à l’attendre
Sous un arbre touffu.