Vous vous dites: «Cela m’est bien égal;—je suis Français et j’ai le droit de pétition.»

Vous adressez une pétition à la Chambre, et vous attendez.

Les pétitions se lisent à la Chambre le samedi; les députés ont fixé un jour pour les pétitions, parce que, ce jour-là, ils restent chez eux ou ils vont à la campagne.

On lit votre pétition au milieu des conversations particulières; on va aux voix, et elle a trois chances:

Première chance:—Ordre du jour.—Cela veut dire qu’elle est considérée comme non avenue, et que les garçons de la Chambre la vendent au kilogramme.—Sous la Restauration, on la vendait à la livre;—c’est la seule différence qu’ait amenée la Révolution de juillet.

Deuxième chance:—Elle est mise au dépôt des renseignements;—c’est à peu près la même chance, avec ces deux nuances: qu’elle est mise dans des cartons où on ne la regarde jamais, et que plus tard, quand on la vend,—elle est vendue, non par les garçons de la Chambre,—mais par ceux d’un ministère quelconque.

Troisième chance:—Votre pétition est renvoyée au ministre dont vous vous plaignez, lequel trouve généralement qu’elle n’a pas le sens commun.

Maintenant, Français, vous connaissez votre droit de pétition;—vous avez comme cela pas mal d’autres droits dont je vous parlerai en temps et lieu.

27.—On m’envoie une brochure intitulée:—Défi poétique,—la Province à Paris.—J’allais parler de la chose et répondre à l’auteur, qui annonce qu’il va détruire Paris et battre ses poëtes en champ clos;—mais, à la lecture de ces vers:

«Ces géants (l’auteur parle des écrivains parisiens),
Sur leur taille souvent j’ai porté le compas,
Un instant m’a suffi pour trouver leur mesure