«Je ne suis pas ici pour m’amuser;—il me faut des réparations à l’église, un chapeau vert, des pralines, un pont, un polichinelle et une extrême indépendance.

«Je vais reparaître devant mes commettants, ils vont me demander compte de la manière dont je me suis acquitté de leur mandat. Aurai-je une sérénade ou un charivari?—Illuminera-t-on? me réélira-t-on? ai-je tenu mon pont? me suis-je acquitté de mon chemin?»

Alors les députés les plus muets demandent la parole; ils interrompent les discussions les plus animées pour monter à la tribune et dire:

«Messieurs, je profite de l’attention portée sur la question d’Espagne pour rappeler à la Chambre que la commune de *** (Ardèche) a besoin d’un pont.»

Ou bien:

«Oui, messieurs, comme vient de le dire l’honorable préopinant, la liberté tombe en ruine; mais, ce qui ne tombe pas moins en ruine, c’est notre église et les bâtiments y attenant, à tel point que le curé est forcé d’habiter une maison suspecte.

Sur la fin de la session, ils perdent la tête; leurs diverses commissions se confondent; ils s’écrient: «Député de la France, je serai fidèle à mon mandat; j’ai promis un polichinelle (hilarité), je veux dire une grande route à la ville de ***

C’est surtout l’indépendance qui se montre par bouffées; le député le plus ministériel pendant la session devient du jacobinisme le plus effréné; il appelle le ministère antinational; il demande incessamment la parole contre le projet du gouvernement; il arrive à la Chambre à la fin d’une discussion dont il n’a pas entendu un mot;—il a acheté le chapeau vert et les pralines; il monte à la tribune, et il dit: «Je ne suis pas de l’avis du ministère.»

Il parle cinq heures pour retrancher trois francs du budget.

Il ne rend plus le salut au ministre dont il assiégeait autrefois l’hôtel.