Une grande, une sublime fiction avait établi que l’amour d’une femme ne s’obtenait que par la manifestation de tout ce qu’il y a de noble et d’héroïque dans la nature humaine.
Au courage, à l’honneur, à l’esprit, il fallait joindre la distinction et l’élégance.
Les hommes avaient fait les femmes si grandes, qu’il fallait devenir grand pour arriver jusqu’à elles.
Les petits hommes et les imbéciles, les natures communes et vulgaires ont changé tout cela.
Le goût des plaisirs faciles devait dominer à une époque où il y a une haine insatiable contre tout ce qui est grand et beau. Les hommes des meilleures familles, les hommes les plus faits pour le monde, se sont laissé entraîner. Autrefois ils avaient des danseuses, aujourd’hui ils sont eus par elles. Ils ont brûlé aux pieds de ces divinités impures un encens auquel elles n’étaient pas accoutumées. Les journalistes ont vanté la décence et la noblesse, les vertus et le bon ton des sauteuses qui se montrent, trois fois par semaines, toutes nues au public, et qui d’ailleurs ne peuvent avoir d’autres charmes que de n’avoir ni bon ton, ni vertus, ni décence.
Donnez à un grand poëte, à un roi, la vingtième partie des éloges que les journaux donnent tous les jours à des acrobates parfaitement maigres et parfaitement jaunes, et on vous accusera de camaraderie et de servilité, et on cassera vos vitres avec des pierres.
Les choses en sont arrivées à ce point, que si aujourd’hui—les exemples sont connus—si aujourd’hui une danseuse épouse un duc, cela s’appelle toujours, comme autrefois, une mésalliance; mais c’est la danseuse qui se mésallie. Tout le monde, en apprenant ce mariage, qui se fait à l’église, au chœur ou à la chapelle de la Vierge, s’écrie: «Quelle folie!» ne croyez pas que l’on veuille parler du duc: c’est la danseuse qui est folle, et qui fait une mauvaise affaire.
On en est venu à applaudir plus une chanteuse que le musicien, dont elle gâte la musique.
Qu’il paraisse un beau livre, aucun souverain ne s’en émeut. Depuis que le peuple sait lire, ce qui n’est peut-être pas un bien,—je crois que les rois ne le savent plus, ce qui, à coup sûr, est un mal; mais qu’une de ces diverses saltimbanques, que l’on paye pour gigoter sur les théâtres,
Et montrer aux quinquets, le soir, de maigres choses
Que personne, autre part, ne voudrait voir pour rien;