On ne s’épargne les reproches d’aucun genre. «Vous, vous êtes allé à Gand,» dit-on à M. Guizot.
«Oui, mais vous, vous avez été volontaire du drapeau blanc,» répond M. Guizot à M. Barrot.
«Vous déshonorez la France,» dit M. Thiers.
«Vous avez gâté sa fortune,» répond M. Villemain pour M. Guizot.
Voilà ce qu’il y a de triste et d’embarrassant dans ces débats:—c’est que M. Thiers et M. Guizot ont parfaitement raison l’un et l’autre dans les reproches qu’ils s’adressent.
D’une part,—M. Guizot a bien l’air d’avoir joué M. Thiers pendant son ambassade à Londres;—et la visite faite au roi à Eu par le même M. Guizot a quelque droit de paraître à M. Thiers le commencement d’un accord contre lui,—ce qui est, à vrai dire, le fond et la cause de tout son grand ressentiment, bien plus que l’honneur du pays, la gloire de nos armées, etc., dont il se soucie médiocrement.
D’autre part, il est vrai que le ministère actuel, qui est déterminé à la paix,—aura beaucoup de peine, non pas à la conserver,—mais à la conserver honorable,—les plus sages concessions ayant un air de lâcheté après les fanfaronnades et rodomontades qu’on a faites de tous côtés.
A quoi il faut ajouter que ces rodomontades sont du fait de M. Thiers.
De sorte qu’il faudrait repousser toute solidarité avec M. Thiers,—et ne pas reconnaître même qu’on lui succède,—mais reprendre les affaires au point où les avait laissées le ministère du 12 mai.
La raison et tous nos intérêts conseillent la paix;—mais la paix sera humiliante et honteuse,—à moins que les représentants du pays ne protestent par un blâme sévère contre la conduite de M. Thiers pendant son ministère.