A la fin de novembre 1840, la France a pu se convaincre tristement que ses députés n’avaient jusqu’ici étudié l’histoire du pays que dans les vaudevilles joués par Lepeintre aîné et dans les lithographies de Charlet.

Le général Bugeaud,—espèce de paysan du Danube qui dit souvent de fort bonnes choses,—mais dont les immortels ne conduisent pas assez la langue, relativement au charme et à la facilité de l’élocution, le général Bugeaud, parlant contre la prétention de faire la guerre à toute l’Europe, que manifestaient certains orateurs, a dit:

«Pendant les guerres de la Révolution, les armées rassemblées contre nous ne s’élevaient pas à plus de cent cinquante mille hommes. C’était le système de guerre partiel, de cordon, comme on l’appelait; ce système donna du temps à la Révolution. On eut le temps d’avoir une armée. Les commencements ne furent pas heureux. Plusieurs fois nous fûmes battus.»

—Comment vaincus!—Comment battus!—s’écria-t-on aussitôt de toutes parts dans la Chambre,—mais c’est une infamie,—mais c’est une trahison.—A l’ordre!—A l’ordre!

Et de longs murmures interrompirent l’orateur.

Les écrivains comiques sont bien malheureux de ce temps-ci,—on ne peut rien inventer d’un peu divertissant que quelque grand homme ne s’empresse de mettre la chose en action sérieusement sur une plus haute scène politique, et vous perdez le bénéfice de votre invention.

Voici un fragment d’une bouffonnerie que j’ai écrite il y a plus d’un an:

HORTENSE à Fernand. Vous êtes méchant!

FERNAND. Nullement, ce monsieur a pour profession d’amuser. Il doit m’amuser à ma guise, et il m’amusera.

Ici on parla du prix de l’orge, d’un arrêté de M. le maire, qui fut attaqué par les uns et défendu par les autres; cela allait bien mieux sous l’empereur; un vieux soldat porta la santé de l’empereur; on raconta plusieurs anecdotes.