On vend trois sous, par les rues,—avec l’autorisation du préfet de police,—une brochure grise,—dans laquelle on trouve l’anecdote que voici:
«Un riche chaudronnier, demeurant rue Louis-Philippe, 17. le sieur D..., atteint de la goutte, ayant entendu dire que l’eau du puits de Grenelle le guérirait immédiatement, parvint, avec la protection d’un des principaux ouvriers de M. Mulot, ingénieur en chef, à approcher du jet; il emplit une bouilloire de cette eau bienfaisante, et, rentré chez lui, il se préparait à en faire usage lorsqu’il ne fut pas peu étonné de trouver au fond de sa bouilloire un anneau dit alliance en or. Il ouvrit la bague en présence de sa femme; mais à peine eut-il jeté les yeux sur les chiffres gravés à l’intérieur, qu’il devint presque fou de surprise et de joie. La femme, effrayée de cet état de délire, appela les voisins, et, quand le sieur D... fut un peu calmé, il leur raconta que le jour où il quittait le département du Puy-de-Dôme pour venir à Paris, n’emportant pour toute fortune que l’anneau d’alliance de sa mère, il laissa tomber cette même bague dans une espèce de lac très-profond, situé au versant d’une des montagnes de l’ancienne Auvergne; les noms de son père et de sa mère, qui se lisent parfaitement dans la partie concave de l’anneau, ne peuvent lui laisser aucun doute sur l’identité. La science se charge d’expliquer ce que ce brave homme regarde comme un miracle, ou, pour mieux dire, ce singulier événement ne fait que venir à l’appui de tout ce que les savants ont avancé pour expliquer le jet des puits artésiens.
»On assure que depuis ce temps une foule de gens se pressent pour recueillir de cette eau souterraine, que l’on continue de vanter pour la guérison des rhumatismes aigus et des douleurs de toute sorte.»
Voilà la littérature que le gouvernement protége et entoure de sa sollicitude éclairée.
UNE HISTOIRE DE VOLEUR.—On a ri beaucoup ces jours derniers de l’embarras d’un homme qui, reconnaissant sur le dos d’un voleur un habit qui lui avait été dérobé, prit son voleur au collet, et, après une lutte de quelques instants, le lâcha dans la crainte de déchirer son habit.
M. TH.—D’UNE FEMME DU MONDE, D’UN SOULIER ET D’UNE MAISON SUSPECT.—J’ai parlé déjà d’un Américain qui donne à Paris des bals, dans lesquels il impose une étiquette de son invention, et des conditions humiliantes auxquelles se soumettent les gens les mieux nés et les mieux élevés pour ne pas être exclus des invitations, et j’ai reproché à ces derniers le peu de dignité de leurs concessions. Au dernier de ces bals, M. le duc ***, nom dont la terminaison ressemble beaucoup à celle du mien,—devait être présenté chez M. Th... par madame de ***. Cette dame arriva dans la maison plus tard qu’elle ne l’avait prévu,—et le duc l’attendit dans un des premiers salons. M. Th... se promenait alors d’une façon toute royale,—jetant un mot aux uns, jetant un signe de tête aux autres,—lorsqu’il avisa M***, qui se perdait de son mieux dans la foule, pour ne pas être remarqué du maître de la maison avant que la présentation fût faite.—Mais M. Th... alla droit à lui et lui dit: «Monsieur, je n’ai pas l’honneur de vous connaître,—comment vous appelez-vous?»
Cette question, peu convenable en elle-même et fort peu corrigée par l’urbanité de ton avec laquelle elle était faite,—troubla un moment M***, accoutumé à d’autres façons; cependant il répondit: «Je suis M***,» et il prononça son nom, en ajoutant: «Je dois vous être présenté par madame ***.» M. Th...,—frappé de la consonnance, s’écria:
—Comment, monsieur, vous vous permettez de venir chez moi,—après vos plaisanteries...