DEUX PETITES FILLES.—M. Villemain a une petite fille qui a sur son gentil visage tout l’esprit de son père,—c’était la manière la plus adroite de lui ressembler.—Il y a quelques jours, elle jouait avec la plus jeune des filles de Victor Hugo.
(Victor Hugo a les plus beaux enfants du monde,—en les voyant on ne s’étonne pas qu’il parle si bien des enfants et qu’il les aime avec tant de tendresse.—Il y a quelque temps,—dans une maison—où étaient MM. de Lamartine,—de Balzac,—Théophile Gautier,—Eugène Sue—et madame de Girardin, on le pria de dire quelques vers,—j’insistai beaucoup pour les Oiseaux envolés, et pour cette autre pièce où il raconte son enfance dans un grand jardin;—quand il s’arrêta, nous pleurions tous.)
La petite Hugo montra à la petite Villemain ses plus beaux joujoux;—celle-ci ne voulut pas demeurer en reste,—lui fit des siens des récits superbes et ajouta—qu’elle avait planté dans le jardin du ministère des oignons de jacinthe et qu’ils avaient produit des fleurs magnifiques, mais déjà fanées.—«Tu viendras les voir au printemps, l’an prochain,» dit-elle;—puis tout à coup sa figure devint pensive,—et, se ravisant, elle ajouta: «Ah! c’est que nous n’y serons peut-être plus.»
Entre les enfants, les petits garçons—ne sont pas précisément des hommes plus petits,—ils n’ont aucun des goûts, aucun des intérêts qui occuperont plus tard leur existence; mais les petites filles ont déjà toutes les grâces et toutes les coquetteries de la femme;—une petite fille n’est qu’une femme très-petite, une femme que l’on regarderait en retournant la lorgnette; on marierait une petite fille de six ans sans l’étonner;—une petite fille de six ans est prête à tout.
Le roi, qui commande très-souvent des tableaux de bataille, a une singulière antipathie qui embarrasse quelquefois beaucoup les peintres;—il ne peut pas voir un homme sous les pieds d’un cheval;—s’il a trouvé une semblable scène dans une esquisse, il la fait effacer;—cela ôte de la vérité à une bataille, quelque peu sanglante qu’on la veuille faire.
Dans l’édition originale publiée par livraisons et timbrée ainsi que l’auteur l’explique plus haut, la page où chaque fois est placé le timbre—ne porte que ces mots: Page salie par le fisc.