«Avant nous, M. Alphonse Karr, ami du château, qui fait appeler par le roi des choses assez singulières les choses contenues dans les lettres de 1808 et 1809, avait inséré dans ses Guêpes que «si le roi avait écrit les lettres qu’on lui impute, il n’aurait plus qu’à s’en aller.»
Il a paru à quelques personnes assez bizarre que ces estimables carrés de papier prissent précisément, pour m’intituler ami du château, le moment où, selon eux,—je les ai prévenus, eux, qui sont les ennemis du château, dans leur appréciation des lettres attribuées au roi.
Cela me rappelle une mésaventure arrivée, en une autre circonstance, à un autre carré de papier appelé le Pilote du Calvados;—ledit carré de papier s’était donné plusieurs fois la distraction innocente de me dénoncer comme vendu au pouvoir,—ce qui avait fait rire assez fort les gens qui avaient l’extrême bonté de nous lire tous les deux.
Un jour, je ne sais comment il se fit que le carré de papier en question imagina de transcrire dans ses colonnes un article que j’avais fait pour blâmer avec quelque sévérité une mesure du gouvernement. Mon carré de papier du Calvados est saisi à la requête du procureur du roi du département,—moins indulgent que celui du parquet de Paris,—et on lui fait tranquillement un bon petit procès par suite duquel il est condamné à une bonne petite amende et à trois bons petits mois de prison.
La probité, l’impartialité et l’indépendance sont donc des choses bien étranges en ce temps-ci, qu’on n’y croie pas, même en les voyant,—et que leur apparition soit passée à l’état de miracles contestés par les esprits forts!
Faut-il donc que je fasse remarquer aujourd’hui à mes lecteurs, après bientôt deux ans que je cause avec eux, que je dis à chacun son fait dans l’occasion,—que je n’appartiens à aucun parti ni à aucune coterie,—que je ne suis ami que du juste, du vrai, de l’honnête et du grand,—que je ne suis l’ennemi que de l’injustice, de l’hypocrisie, de l’absurdité, de la sottise et des platitudes.
Je n’ai gagné guère à cela que d’être fort mal vu de tous les partis et de toutes les coteries,—de n’avoir l’appui de personne et de combattre seul dans la mêlée.
Je suis bien heureux, vraiment, de mon indifférence pour les clapotements que font dans les coins obscurs quelques langues contre quelques palais.—Voici, maintenant, qu’on dit et qu’on imprime que j’ai amassé des sommes énormes, que j’ai acheté un château, et que je cesse de publier les Guêpes.
D’ordinaire, je demeure assez sur les chemins, n’ayant pas grand’chose à faire à Paris, que je n’aime guère.—Avant cette invention, chaque fois que je quittais Paris, on racontait que j’étais en prison pour dettes.—En vain, quelque ami disait:—«Mais il est à Étretat, je l’ai mis en voiture.—Bah! répondait-on, vous ne nous en ferez pas accroire, on sait où il est.
—Mais voilà une lettre que je reçois de lui avec le timbre de Montivilliers, qui est le bureau de poste d’Étretat.