Le ministère actuel, qui partage avec une émeute la date du 12 mai, est particulièrement exposé à de singulières erreurs.

Voici quelques phrases faites par les journaux avec ces éléments:

«Si le 12 mai, qui a amené le 6 juin, s’était souvenu qu’au 11 août a succédé le 2 novembre; si les doctrines du 13 mars et du 10 octobre ne lui avaient pas fermé les yeux sur une péripétie nécessaire et semblable à celle du 27 octobre succédant au 4 février, il n’aurait pas si promptement rompu avec le 6 septembre et le 22 février.

»En vain le 12 mai cherche un appui dans le 11 octobre, il tombera, comme le 15 avril, sous le 22 février et le 6 septembre, qui se réuniront jusqu’à la défaite du 12 mai, après quoi on verra se renouveler le 4 novembre ou le 9 août.»

Le premier coup porté au ministère l’a été par le roi.—M. Passy a eu le chagrin de ne pouvoir faire insérer dans le discours du trône (pour parler selon la langue sacrée des journaux) le plus petit paragraphe sur le remboursement des rentes, qui est sa chimère,—ni atténuer l’engagement formel de la conservation d’Alger, dont l’abandon est sa marotte.

M. Teste, par le silence de la couronne (même langue que ci-dessus), a reçu un nouveau désaveu de sa malheureuse sortie contre les offices.

Il est difficile de savoir si le ministère passera la session. L’opposition n’a aucun plan contre lui. Le mot de ralliement n’est même pas encore trouvé. On a renversé le ministère Molé avec le mot insuffisance. M. Guizot a bien prononcé le mot amoindrissement du pouvoir contre le ministère actuel; M. Thiers a, il est vrai, risqué celui d’aplatissement, et le Constitutionnel, qui lui appartient, a commencé ses attaques dans ce sens, mais cela ressemble trop à l’insuffisance de la session précédente.

Voilà cependant avec quoi et sous quels prétextes on parle tant et on agit si peu, et on néglige les véritables intérêts du pays. Tous les hommes possibles, du moins sous le règne de Louis-Philippe, ont paru successivement aux affaires, presque tous s’y sont représentés plusieurs fois dans de nouvelles combinaisons,—et on ne sortira pas de ce cercle; chaque ministère qui sera renversé laissera la place à un ministère déjà renversé, qu’il renversera à son tour; ce que vous jugez mauvais aujourd’hui ne peut être remplacé que par ce que vous avez jugé mauvais hier.

Quand M. Thiers était aux affaires, on lui adressait précisément les reproches que son parti fait aujourd’hui à ceux dont il veut la place;—qu’il rentre demain au ministère, et ces reproches seront rétorqués contre lui. C’est absolument le bâton dont polichinelle et le commissaire se servent tour à tour dans la parade qu’aime tant Charles Nodier.